Aide - Recherche - Membres - Calendrier
Version complète : Omnia Vinct Machina
Warmania forum > Général > Récits et Poésies
KDJE
Une dramaturgie en 20 actes, issue du répertoire trop souvent boudé des cabarets du Bas-Duniash. Pourtant, chez Dame Luccia où cette prose fut longtemps affichée tous les jeudis, la patronne, affectueuse comme peuvent l'être les ruminantes dont elle avait le poids (pour qui savent cependant en être le lait plus qu'en trayer les larmes), on offrait les consommations dès l'acte 15ème, et la volupté des charmes pour ceux qui parvenaient jusqu'au final. Ceux-là seuls pouvaient alors dire, et cela suffisait à en pénétrer l'exploit : "la Grosse Lulu, j'y étais."
KDJE
KDJE
=][=

1. Frère Spa


A trois mètres, presque à lui faire face. En lui adressant son regard vitré, son casque enfoncé à la tempe, l'Iron Hands ouvre le torse dans un cri rauque lancé sur ondes courtes, renverse la nuque déjà brisée de Frère Alvare.
Alvare...!
Spa serre convulsivement les dents, ressent la brûlure de la bile mélangée au sang : elle déborde ses lèvres tuméfiées, s'écoule dans son casque au revêtement fendu. Brandir haut ce qui terrasse le lâche !, invite le chapelain. Spa lève le bras ; brandir les muscles lacérés, grainelés de céramite, de son bras moins inerte que l'autre. Envoyer l'ordre, mobiliser le nerf, l'envoyer si loin, aux doigts d'osselets entourant la crosse.
Réprimer la douleur (ce dernier sacre qui ne peut être tue). Etre sa propre répression.
Appuyer de l'index.
Venger.
Dans la coursive glacée, où roulent et flottent les cristaux opaques et vermillons, les débris, les douilles, la rafale éclaire de ses traits fusants les tréfonds perdus de l'âme de l'Iron Hands. Plié sur son meurtre, chaque bolt est une ruade saturant son exo-défense, vrillant, creusant, de l'épaule au poumon. Explosions lentes, placards de blanc que réinvestissent aussitôt les ténèbres de la coursive Fides B, de la frégate de classe Sword, envoyée au piège pour la sauvegarde des égarés. Les yeux de Spa papillonnent sous ces éclairs et la sueur acide qui envahit les parements intérieurs de son casque. Autour de sa cuisse, son armure recherche la carapace noire. Par l'artère de sa cuisse s'égoutte la vie de Spa. Les gants rougies de l'Iron Hands abandonne le torse éventré et le viseur de son oeil droit clignote vers Spa d'un bleu plus perçant. Qui es-tu, derrière ce casque ?
Moi, Spa, j'aimerais tant savoir qui tu es.
Et pourquoi les éclairs de ton gantelets s'éteignent, maintenant.
L'onde de choc poursuit la vague électro-magnétique, sans ménagement pour ce qu'elles rencontrent. Comme Spa, l'Iron Hands est soudain déporté, plaqué, par une gravité fugitive et aussitôt enfuie. Frère Spa voudrait réorienter sa vue, retrouver prise et équilibre avant que sa propre inertie le tue, le livre. Le compteur du bolter vire au rouge, s'éteint, se rallume. Là-bas, derrière Spa, on ravage la coursive. La trainée poussièreuse, percée de braises métalliques, le confirme, l'enveloppe.
Passée cette brûme indifférente, l'Iron Hands se réoriente lui-aussi gauchement, avise son épaulière écorchée. Il cherche l'épée, sa longue épée à pointe courbe. Les doigts de Spa sont trop loin maintenant, comme si ses nerfs les fuyaient pour remonter pl...
- "Défiltres !" lui transmet le fratricide, maintenant tout entier tendu vers un point derrière Spa.
KDJE
=][=

2. L'urne et sa bure


- "L'interception n'était pas programmée ?"
- "Ce qui ne peut être dit ne peut être programmé, Seigneur-Inquisiteur Blackburn", rappelle vivement le plus jeune de ses pairs.
Lore Blackburn sait user de sa haute taille, et sous sa peau d'ébène transpire l'ouvragé et sa haine des thoriens. Il connait ces basses voutes à clairvoies striant meurtrières d'ombre et de lumière sur ces capuches comparables à tant d'autres, sinon à toute assemblée protégeant ce qui par elle tissée définit autant la toile que ce qu'elle lie. Mais toutes les flammes ne brûlent pas au même feu sans se disputer ce qui se consume.
- J'ai rencontré les fils de Guilliman. Je sais, par eux, qu'un sixième de leurs forces est aujourd'hui dispersée en vos missions, Mes Seigneurs. Je sais que les aiglons de Maccrage ne sont pas les seuls. Vous désarmez les terres pour envoyer au loin ceux qu...
- "Nous connaissons tes intentions, Lore..."
Talasa Prime n'est que l'âtre protégeant la cendre vive, et celle-ci vient de se révéler plus vite que l'éclat énergétique d'une sentence. Lore Blackburn avise l'Urne de bronze, sans doute le plus vieil inquisiteur de cette forteresse orientale, de la plus orientale des forteresses de leur mère à tous, la Sainte Inquisition. Lore Blackburn scrute l'époux de leur Mère.
Et le silence se fait lorsque du haut de la rotonde à degrés celui-ci se lève, écarte les pans de son manteau d'humilité comme pour s'introduire dans l'atmosphère lourde, libère son visage de sa capuche de piété comme pour en éclaircir la suspicieuse pénombre. L'armure dreadnought la plus agée de l'Ultima Segmentum, la plus meurtrie par les siècles de conquête et de veille, la plus emplie, plus qu'aucune autre, des secrets de ces Marches Orientales. Et Lore Blackburn n'appuie maintenant son salut que parce qu'il ne peut le tempérer.
Ian-Alec-le-Ténébreux, ici ! Même pour Lore, de quoi tressaillir.
Ian-Alec-le-Ténébreux. Coin enfoncé dans l'évolution de l'Ordo, connu jusqu'à Titan sans jamais avoir quitté la citadelle la plus éloignée de Terra depuis qu'il y fut affecté. Murmure que sa voix. Margelle étranglée que sa bouche. De ces hommes dont le moindre son est un ordre, dont les silences sont pires, les absences dénouements et la biographie à jamais scellée par la confiance de l'Empereur.
Lore s'attendait à incarner l'Ordo Hereticus dans ce fieff de l'Ordo Xenos, à défendre son époque, sa réforme.
Mais Ian-Alec-le-Ténébreux...
Il se découvre de sa célèbre bure couronnant l'artefact, l'armure-relique, la cloison ciselée de l'initié. L'aîné de l'Ordo Malleus en ce sub-segmentum sauvage lui adresse son visage parcheminé comme autant de voies menant à la certitude thorienne des Libérés. Terres de l'entre-deux mondes, que la frontière de l'Astronomican, "où on se règle seul, comme un lumignon jeté par un phare retenu". On dit tant de choses sur les arpenteurs du Halo.
"...Tu es venu ici avec plus d'un demi-million d'hommes. Ta marche fut longue, depuis Terra. Tu en a amassé, des âmes réquisitionnées pour ta seule traque, pour les regrouper enfin sur le monde-chevalier d'Algr, à quelques encablures d'ici. Oui, nous savons tout cela."
- "Je ne m'attendais pas à bon accueil, Seigneur".
- "Et pourtant tu le reçois, Lore."


Aller plus loin avec le post :
> "Scan-souvenir de la mission d'infiltration de la secte des Whiteskins" (impression sous cadre du scan référencé, bureau du Seigneur-Inquisiteur Lore Blackburn sur le croiseur Imprematur. Source de l'archive inconnue).
> Ex-voto figurant "l'Urne" (Seigneur-Inquisiteur Ian-Alec, Ordo Malleus), retrouvé dans le squelette calciné d'un acolyte de l'Inquisition, Berdix IV (Ult.Segm), 962M41.
KDJE
=][=

3. Pater Nostra


Spa ne maintenait pas seul son rythme cardiaque, cela, il le sentait, le recevait de son expérience, de sa complicité ancienne, quasi fusionnelle, avec la carapace noire. L'appareil lui renouvelait le sang. Derrière le crépuscule verdâtre de ses paupières, les ombres respiraient, manipulaient. La peau de Spa s'éveille, rameute vers son cerveau les effleurements, les balayages d'une soufflerie tiède, ici, un courant plus froid ; le sifflet presqu'inaudible d'au moins deux prothèses de respiration. Sécheresse de l'air ambiant. Humidité condensée là où son dos, ses mollets, ses talons, s'appuient sur le métal réfrigéré d'une table de recueil bactérien. Son armure énergétique lui manque comme l'eau du bain dans une baignoire. En ouvrant mentalement les yeux, il perçoit à la fois les fumerolles de vapeur d'eau aspirées vers le plafond et l'absence artificielle de signaux de douleur en provenance de son corps.
Spa pense alors à Thorcyra, et à Sy'L'Kell. Et ceci lui déplait comme un spasme, une nausée, le frisson nerveux de l'interdit.
- "Carillon ?", interroge proche de lui un murmure préoccupé, une voix d'homme ou de machine, caverneuse.
- "Réminiscences", répond, plus claire, plus clinique, une voix de femme. "Ses effacements sont de barre trois, qui encapsulent selon nidiet-code a.H.O. Je suis. Ils se remodulent."
- "Vous auriez pu..."
- "J'applique les ordres, Pater. Il n'est plus jeune et ces capsules furent baclées." adoucit-elle.
Sleeping gap.
L'ordre émerge, longe les rives de sa conscience. Spa s'en assure maintenant. Il doit ouvrir les yeux. Je dois...ouvrir...les...yeux. Mais pas avant de... Nécessaire de...
Frère Spa hurle.
- "Réveil en cours. Oxygénisation rapide." observe le ton détaché d'une autre femme.
Sous les paupières de Frère Spa, les flammes rongent, cuisent la céramite, jusqu'à la craqueler. Spa se sent bouillir tandis qu'il s'engouffre dans les propres stries de ses griffes, embrasse les giclées acides par elles libérées, versées ; bouffées de vapeur fuyant ses mollets, débordant ses genoux. Brûlures du métal que lui signalent le sommet de ses paumes. L'enveloppe des bolts portée au rouge. Panique. Déchirer, déchirer encore. Percer le feu qui aveugle. Ignorer l'explosion du chargeur sur ses gantelets, la chute, le poids rouvrant la cage thoracique, l'écrasant, le noyant.
Spa ouvre les yeux. Comme deux brandons blancs et glacés qui les lui font refermer. Spa les rouvre. Doucement.
Près de lui, le sarcophage du dreadnought est blanc, dans une salle blanche, et se pare d'un crâne doré corrodé par les ages. Plus que le Vénérable, le crâne est un signe pour Spa, pour les réflexes de Spa.
Humain. Humains.
Les réflexes se désarment.
Levés soudainement de sous le menton de Spa, de fins instruments chirurgicaux se replient dans les gaines de poings du dreadnought. Dans un gémissement pneumatique, le sarcophage automobile recule lourdement de la table. Plus que la meurtrière de son regard, la voix sépulcrale du dreadnought s'adresse à celui qui s'éveille.
- "L'Empereur t'a aimé saignant, il t'aimera à point, Frère." gronde le sourire enfermé de Pater Nostra.
Spa entend pouffer discrètement tout autour de lui. Une soeur hospitalière approche son buste au-dessus de son visage, le visage à demi masqué par un voile stérile.
- "N'essayez même pas." plisse-t-elle les yeux dans une souffrance partag...
Sourire a été une erreur. Sourire demande une peau et une chair paisible autour des muscles du visage.
Une cascade rousse fait soudain face à l'hospitalière, que ses deux mains gantées ramènent bien vite derrière la nuque, ne laissant que deux yeux verts suivre, curieux, la danse rapide et embrumée des iris de Spa.
- "Oui, Frère Spa, quelqu'un a eu votre peau", informe la jeune femme d'un rictus. "Et ce quelqu'un est sans doute vous : rituel étrange que d'éventrer un carnifex et d'y découper ses boyaux comme un tunnelier. Rituel étrange, mais épilatoire."
Son regard rivé en un froncement d'interrogation prudent, Spa expire, prend garde de garder joues et machoire immobiles.
- "Je sais, Frère Spa. Quelques minutes encore", confirme-t-elle auprès de la soeur, "quelques minutes encore, et plus aucun conditionnement ne réprimera votre douleur."
Elle semble vouloir l'apaiser.
Mais Spa écarquille les yeux dans une terreur annoncée, instinctive.
- "Chuut..." ordonne-t-elle à ses yeux comme à ses pensées, "Je suis l'Inquisitrice Carillon ; et vous êtes sur l'une des terminaisons du monde."
KDJE
=][=

4.Par toutes les lames


Bien des portes permettent de sortir de la salle basse, car bien des voies se croisent sur Talasa Prime. Ignorant les équipes en treillis orange, serviteurs décérébrés ramassant les pantins aux yeux de sang, l'inquisitrice Carillon enjambe les cadavres des îlotes qui ont protégé l'assemblée par leur abominable interdiction psychique. Dans la rotonde ceinturant la salle basse, derrière les regards abîmés de réflexion des inquisiteurs, les esprits se décloîtrent.
- Par toutes les lames, et les vagues, et les pluies qui frappent cette forteresse, pour qui se prend-t-il ?!
- Pax, Sophia. Par ton prénom, je requiert autre chose de mon élève. Blackburn n'est que la crête, la première vague. Il n'a pas menti, mais il sait n'être que l'entraînement du rouage. Il sait que ce qu'il déplace derrière lui est lent et lourd. L'Age du Duk s'éteint, et le nôtre aussi.
- Où allez-vous ?
- Sertir le démon, une dernière fois.
- Quels sont mes ordres ?
- Continues, Sophia. Nous manquons d'hommes, nous manquons de guerriers. Blackburn arrive trop tôt, ou trop tard. Et nous ne pouvons délaisser Ambra Septime...
Un reflux acide fait déglutir Carillon, mais aussitôt la honte survient et ordonne. Elle se mord les lèvres.
- Tu y as fait plus que tu dois, Sophia, n'y pense plus, plus jamais. L'Infirme sait quoi faire. Laisses d'autres traiter cela.
Dans la mémoire de ses pores, là, de la gorge au surplomb du sein gauche, le chiffonnement sifflant de sa peau s'estompe, la cicatrice noirâtre rosit. Le souvenir s'en va, retourne dans la galerie des cauchemars. Sophia sait que l'Urne lit tout cela, que sa plaie est une offrande involontaire au pâtre des suppliciés.
- Mais vous dîtes que nous manquons d'hommes !
- Nous manquons désespérément d'hommes, comme tu le sais trop bien. Kraken nous a saigné et Septime poursuit l'hémorragie. Va, Sophia, renforce nos rangs, puis, quand tu gagneras les Terres de l'Aube, informe le Duk que l'île s'est échouée."
Sophia a trébuché car pourquoi chercherait-elle appui contre le mur ? L'albâtre veiné accueille son front tandis que de part et d'autre elle pose ses mains, comme en prière, en retrait de ce couloir où le reflux des seigneurs et hauts-acolytes vide la salle basse du défi lancé par Blackburn.
Une page de l'histoire de Talasa Prime a été tournée. Qui a débusqué ce terme, qui a vu dans l'Ordo Xénos fustigé par un marteau pédant et son aigle bicéphale ricaneur autre chose qu'une cérémonie décharnée, coutûmière, à peine empreinte des chamailleries ésotériques de la Guerre Secrète et si ancienne des Inquisitions ? Sophia se retourne et s'adosse au mur, saluant ceux qui passent, quittent en silence la salle basse dans le remous de leurs pensées. Pendant qu'il pense vers elle, il pense vers d'autres. L'Urne est le seul à savoir faire cela, cloisonner l'entre-foule des meilleurs psychers de l'Imperium. Vers qui pense-t-il ?
En se dirigeant vers le choeur d'opération de la Deathwatch, Sophia Carillon sait que cette question n'aura jamais de réponse. La seconde plus jeune des seigneurs, basse par le grade, haute par la beauté, n'est qu'un secret qui se fortifie dans une forteresse de secrets. L'un ne va pas sans l'autre.


Aller plus loin avec le post :
> Cristal de données (pré-Age des Luttes) extrait du dossier généalogique JA88566M4183371195, archeolibrarium de Titan, seal-access 118-124 (le rapport génétique confirme la conservation des traits physiques de l'aspirante Sophia Carillon avec son ancêtre).
KDJE
=][=

5. Sous le sable


Avec déférence, les deux hospitalières l'aident à se redresser. La nudité des vétérans n'a plus le même sens dans l'Astartes. La chair n'y est que le terreau, l'engrais, le tronc accueillant les boutures. Dans le reflet de la vitre sans tain qui barre la longue salle opératoire, Spa compte ses nouvelles parts de lui-même. L'un de ses bras en écharpe. L'autre n'est plus, remplacé par un bionique fonctionnel. L'articulation, le faisceau innervant, la boursouflure des muscles pneumatiques ou motorisés, esquissent plus que ne dessinent ce qui lie désormais son avant-bras et sa main à ce relent d'épaule. Un frisson parcoure la mémoire de Spa. Il contemple le bionique, paume et griffes ouvertes en corolle. La main d'Alvare ! Le bionique de son frère de bataille, oui, il le reconnaît. Comment ne pas le reconnaître ? Alvare...|/i] voudrait-il l'appeler, l'entendre près de l'Empereur. Spa ferme les yeux. Replace le cauchemar dans le poids du réel. Puis reprend son inspection de lui-même. Anneau surcutané sous le genou. La cuisse, pour moitié, a disparu. Elle est vide, curetée des tissus qu'immédiatement, le plasma aride a nécrosé. Maintenant palpite en son souvenir le servomuscle et la tubulure doublée sous la gaine translucide en feuille de plastacier ; la carapace noire, avec le temps, reviendra en tapisser l'intérieur. L'os a été raboté, dentelé, connecté. De son corps qu'il inspecte, peu de zones sans plaies ni rigoles à peine sèches. Spa sait que les rééquilibres sont installés, que les poids seront contenus, balancés, par l'automate caché sous sa prise neurocervicale. De la plus haute vertèbre au sommet du crâne, un pilier de douleur marque cependant sa dette et la vie se fait payer. Ses nerfs s'épanchent, son oeil pleure.
Il est vivant.
Les soeurs attendent. Soulever un fils d'Empereur haut de deux mètres et lourd comme quatre d'entre elles n'est pas de leur ressort, ni de leur droit. Les marines sont hauts comme les colonnes du temple. S'ils tombent ou se couchent, c'est qu'ils sont morts. Il est temps de se lever.
[i]Les conditionnements ?
Je suis toujours le sanctuaire de mon père et Dieu.

Spa s'étonne de freiner un baillement, de sa crainte.
La douleur est nouvelle, enfantine, là où les plumes de l'ange devraient la feutrer.
Maintenant loin sur sa gauche, le dreadnought apothicaire achève de descendre la pente qui mène à son sépulcre. L'inquisitrice à chevelure rousse converse avec lui, sans bouger les lèvres, ses yeux verts, sévères, fixés sur sa meurtrière, entachés d'un respect dépourvu. Puis elle se recule. Les vantaux vont se refermer sur le Vénérable. Au fond de cette crypte, des ombilicaux s'animent, cherchent à replacer leurs têtes pour draîner vers le mort-vivant les suites de son décès retardé. Mécaniquement, Spa note le loup stylisé, un relief de bronze sur l'épaule du sarcophage. Un vieux signe.
Adressant un regard confiant à Spa, la belle rousse ordonne l'ouverture du sas qui préserve la salle stérile. Elle est très belle, comme une sainte.

Dès sa sortie du sas, Carillon n'est pas surprise de découvrir l'apothicaire en armure sable. Casque corvus sous le bras, visage buriné mais embelli d'une barbiche et de moustaches d'un roux éclatant. Il sent la silice et la peinture de ses bottes est écaillée. D'un geste gouailleur, Carillon s'élève sur la pointe des pieds, passe le bras entre épaulière et médipack pour aller ébouriffer la nuque du maître des lieux, égrénant quelques grains encore tièdes.
- "Il pleut encore des plages, et tu t'y es douché cheveux au vent ?"
- "Je sais que les réacteurs de ton thunderhawk ont fait du ciment lors de ton arrivée hier. Désolé."
- "Pas la peine : couloir des tempêtes. Dommage de faire tout ce chemin pour se ficher dans une dune, c'est tout, et perdre ainsi la moitié de ce qu'on ramène."
- "Les voies de l'Empereur sont agaçantes. Qui est-il ?" désigne Fitz-Osbern à travers la vitre qui les masque au marine.
- "Frère-Capitaine Spa, chapitre Scythes of the Emperor. Affecté aux équipes d'extermination Deathwatch de Talasa Prime après que Kraken ait rayé les Scythes des tableaux d'inspection. Une soixantaine de missions, à résultats mesurables. Puis la jungle souterraine de la lune d'Eb. Récupéré il y a cent-soixante-seize heures. Son équipe a été officiellement déclarée perdita, ce qui n'est qu'à moitié faux : il est le seul survivant de sa décade. Des autres, à peine de quoi refaire trois armures complètes."
- "Il est à moi ?".
- "Pas vraiment : Irae, mais tu assures la transition."
- "Combien de temps ?"
- "Quatre jours."
- "Je hais les inquisiteurs qui nous gouvernent."
- "Puisqu'à son opposé, l'amour rejoint la haine, c'est en effet digne d'un thorien, mon ange."


Aller plus loin avec le post :
> d'après la Statue commémorative du kan-earl apothicaire Fitz-Osbern (prénom inconnu) du chapitre Sand Wolves (assertion non-référencée, recolorisation hypothétique), galerie du sub-palatin, montagnes dunaires des Voutes Blanches, caldera centrale de l'hélio-continent (hémisphère solaire) d'Ambra-Prima (Ult.Segm.post-Astr : Halo).
KDJE
=][=

6. Le feu noir


En contrariant la servilité paisible des officiers de docks, Lore Blackburn goûtait sa satisfaction. Talasa Prime, si elle n'en montrait peu, trahissait cependant déjà l'écoute de sa venue, la répercution d'ordres discrets. Peut-être des cristaux de données seraient-ils ballés des archives aux puits de broyage, peut-être des missions seraient-elles détournées, des mesures renforcées, des vols rappelés, ou au contraire la dispersion viderait subrepticement la forteresse de ceux qui se reconnaitraient désormais épiés, menacés, mais il était sûr d'une chose : le cordon ombilical venait d'être coupé, les précautions n'avaient pas suffi. Et il était le ciseau de cette rupture, celui qui, en se démasquant, en affrontant l'adversaire à visage découvert, signale qu'il n'est que le dernier pion à se déplacer, la signature de l'Ordo Hereticus au bas d'un positionnement accompli qui peut maintenant être révélé. Cela, ils l'avaient tous compris. Même l'Urne.
Inutile de rencontrer ceux qui oeuvraient comme lui, dans la forteresse. Suspicion est suffisante. La crainte, c'est l'ordre. Et l'ordre revenait par le sceau frappé du marteau du seigneur-inquisiteur Lore Blackburn de Terra.
Gagnant l'aire assignée à la navette orbitale, il se remémore les images enregistrées par le servo-crâne, ces marines en armure bronze à l'aigle thoracique et l'épaulière frappés du i trois fois barré, ces unités inconnues, jamais référencées. Ils revoyaient clairement ces images parasitées, ces... exécutions.
Il avait su, alors, ce que l'Empereur attendait de lui. Il avait su convaincre, avec la facilité qu'accompagne la foi. Oui, ce qui n'existe pas ne peut être programmé. L'inexistence se débusque, comme l'absence de rapport, les disparitions de matériel, les navires perdus, les régiments disloqués, l'organisation détruite des fuites et des défaites. Depuis combien de temps ? Depuis combien de temps emmurait-on les disparus dans l'éloignement de l'Orient ?
Je suis sorti de la salle basse. J'y suis entré et j'en suis sorti. Ils ont respecté le protocole. Les seigneurs des confins, si souvent maîtres avant l'Empereur dans ces provinces reculées. Comme si la Grande Dévoreuse suffisait à alléger les chaînes. Ils ont respecté le protocole, les sceaux de Titan et de Terra, regroupé tous ceux qui pouvaient être là. Ils m'ont mesuré, à l'aune de leurs mystères. Et je suis sorti de leur salle basse, de cette fosse à venins. Ils n'ont osé me mordre.
L'Aquila attend sur le tarmac. Devant le cockpit, le navigateur-mitrailleur observe celui qui lui a appliqué le Droit de Réquisition, il y a 26 mois, sur Dallos Segmentum Solar. Il observe le grand inquisiteur et sa peau lisse et noire, déjà un peu gêné par sa présence, l'expression permanente de son dédain. "Il ne considère que ceux qu'il ne réquisitionne pas", l'a rapidement jugé la troupe.
Et encore, complète pour lui-même le navmit, j'ai vu personne qui valait mieux pour lui que son putain de piaf !
Lorsqu'il n'est pas sur son épaule ou son poing, l'aigle cybernétique ne quitte jamais de vue l'inquisiteur Lore Blackburn. Ses deux têtes constamment en veille, il crie ou se fait discret, vrombit lorsqu'il remonte les coursives de l'Imprematur, aime doublement picorer les cheveux et les bottes. C'est un paravent psychique, une preuve des mystères qui séparent les mutants autorisés du reste de l'Humanité. Les hommes, bien que penser cela si près du psycher glace le navmit, surnomment cet aigle "suce-deux-fois".
Lore s'approche, son plastron doré réverbèrent les éclats électriques des générateurs de compression du haut-dock. La navmit se demande une fois de plus comment on vide sa pensée, tente d'essuyer discrètement de sa manche la lèvre qu'il vient de mordre au sang.
- "Seigneur Blackburn, un message du Deus Imprematur. Cryptage psychique à encodage mécanique."
Lore déloge le cylindre à anneaux crénelés de son étui molletier.
Les sifflements rageurs. Saisir son arme ?
Non, observer.
De la lourde porte de cale d'un thunderhawk, les cages sont glissées dans le crissement du métal contre le métal. Ce qui s'agite et se cogne derrière les barreaux a la taille d'un fauve, les six pattes d'un insecte. Enfoncer l'ampoule dans le cylindre, sans rainurer le prisme. Le mitrailleur chuchote dans son interphone, adresse son effroi au pilote interloqué : "des termagants !"
Ainsi c'est cela, cela dont ils ont si peur. Des bêtes ! constate Blackburn en découvrant le gibier et ceux qui les port...
Les quatre space marines qui empoignent les deux cages ont l'épaulière d'argent de la Deathwatch, et celle de droite porte l'emblème de leur chapitre : une serre sur fond blanc. Le symbole, ailé, de l'Inquisition décore leur plastron de plastacier. Leur armure n'est pas noire, mais recouverte d'un bronze assombri par la patine. Et Lore se souvient de ces images.
Observer.
Observer par les six yeux de l'aigle et du maître.
Le thunderhawk (bronze, lui-aussi !) porte l'affectation, l'identification de sa base d'opération. Je perce le coeur du serpent ! Lore la contemple, caractères à la paleur fanée par les multiples entrées en atmosphère. Pas de numéro ni d'insigne. Un mot. Le simple mot de son abhoration : Irredente Fili.
Croiseur de classe Armageddon Irredente. Lore Blackburn connait sa silhouette par coeur, ses dérives d'ailes caractéristiques aux canons élancés qui font du vieux Lunar recomposé un trident vu de la quille ou des mats.
La classe Armageddon n'a pas de baie d'envol. contredit sa mémoire. Ôter le cache souple qui protège le mors. Placer le cylindre entre les dents. L'encodage, déverrouillé, libèrera le message tel un flash. Jaillissement du rêve d'une réalité passée. Au delà de la réquisition des corps, Lore s'est attaché leurs âmes. Il sait ses troupes et équipages fidèles, ses acolytes efficaces, les commissaires et officiers confiants dans sa croisade. Tous ont la foi éprouvée. Tous savent ce que cherche Blackburn. Il a su les convaincre, par son seul exemple.
Convaincre. Lore aime la fin de ce mot.
L'équipe d'extermination s'éloigne avec ses proies encagées. Lore ferme les yeux. La libération sera rapide, unique.
Un crâne. Un crâne posé sur des ténèbres si noires qu'il semble flotter, immobile, dans un rien profond. Ce qui l'éclaire est indiscernable. Lore, mentalement, interroge ce regard vide, percé d'ombre, ces os durcis de, par la vie d'un humain. A l'intérieur du crâne commence à luire une faible chaleur, qui dessine d'ombre les dents usées, s'enfle, dore les orbites occulaires et le circonflexe nasal, en marque les contours. Grâce à cette lueur diffuse, Blackburn aperçoit la singularité de ce crâne ; le sommet a été évidé, comme une tonsure morbide. Une étoile brille maintenant à l'intérieur du crâne, trop lointaine pour en aveugler la reconstitution mentale sur laquelle Lore se concentre, trop lointaine pour que le crâne ait une nuque. Des flammes, non, des éruptions solaires débordent maintenant de la tonsure. Un soleil s'abrite dans un crâne humain.
Un soleil s'abrite dans un crâne humain.
L'implosion sourde signale que l'ampoule s'est brisée, le message s'est consumé. Lore vide le cylindre des débris cristallins quand un bruit connu secoue sa réflexion silencieuse.
A quelques mètres de lui, son aigle bicéphale git, tordu, rompu par sa chute.
KDJE
=][=

7. Au bord du puits


Avant de le congédier du bloc opératoire avec un respect appuyé, l'une des soeurs hospitalière lui a remis une sorte de toge. Elle a aussi rabaissé son voile stérile, dégagé ses cheveux gris de sa coiffe huilée comme sa blouse. Afin que le sang ne s'y accroche pas. Spa a contemplé la vieillesse de ses traits, malgré ses yeux rieurs et sa silhouette de jeune fille. Pas un mot, mais le sourire des lèvres et du regard. Une vie sauvée. Une satisfaction simple.
Se lever, pour Spa, a valu toutes les blessures.
Se lever fut une prière. L'Empereur l'a accordé.
Spa s'est penché sur les femmes déjà au nettoyage de la table et au rangement de la salle, a failli s'en détourner puis a cru déchirer ses joues d'un merci. Elles se sont penchées, humbles, radressant du regard le remerciement au sépulcre fermé de Pater Nostra.
Le couloir, creusé dans la roche, fait immédiatement du bloc qu'il longe une strate excavée, sans toutefois de dédain pour la virginité minérale du boyau. Dans une démarche lente, Spa respire la roche, la poussière séchée dans les entailles de ce souterrain, le sol damé par des millions de pas, ou l'absence de vent, de pluie. Il décèle une froideur humide, mais ses sens viennent de renaître, peinent à se dégager des multiples douleurs dont son corps abreuve son esprit.
Comme si j'en avais été privé durant toute une vie !.
La tête est vivante mais semble posée sur une écharpe de lin, dans le calice du colleret. L'apothicaire en armure sable l'attend, observe ses pieds nus, leurs hématomes, aux orteils bagués de métal ou pansés de gaz.
Il tend l'avant-bras et Spa y croise mécaniquement son poignet en réponse au salut de l'Astartes.
- "Courage et honneur, Frère Spa..."
Spa s'interroge sur son manque de défiance.
- "...Je suis le kan-earl apothicaire Fitz-Osbern, je laisse mon bras dans ta main."
Autour du poignet de l'apothicaire, la main bionique de Spa est demeuré ouverte.
Je la crois serrée et elle ne répond pas. Alvare, tu dors ? Quelle est cette douleur morte quand tant d'autres hurlent en moi ? Sa propre indifférence surprend Spa.
Spa craint aussi le puits maintenant empli de sa mémoire. L'inquisitrice l'a sondé, décloisonné, livré à ses souvenirs. Il le sait. Il en a peur. On n'assiste pas à la destruction de son chapitre sans louer les techmarines, les apothicaires et les chapelains pour vous ôter les souvenirs les plus sâles de tout cela. "Ils ne connaîtront pas la peur, car nous l'enfermerons au fond d'eux-mêmes, jusqu'à ce qu'ils oublient sa rencontre et les coups qu'elle sait porter. Béni soit l'argile constamment redevenu vierge, car il sera déchaîné."
Frère-chapelain retourne la bouche du lance-flamme contre sa machoire, écrase la gachette de son pouce. J'ai vu tout cela. J'ai vu les flammes monter vers le genestealer qui lui agrippait les épaules et cherchait à lui arracher la tête. J'ai vu le feu fondre ces deux-là !
J'ai vu la marée de ces crocs implacables. J'ai vu la fin du possible et je l'ai acceptée.
J'ai vu Alvare mourir. actualise-t-il le lent décompte des Scythes of the Emperor.
"Nous tirons la corde. La Mort est d'un côté, avec son équipe, et nous de l'autre." Frère-Chapelain aimait à motiver par cette image, qu'il complétait par des cris d'oiseau assez comiques, les cris de la Peur que la Mort envoie pour réduire le nombre de marines.
Au propre comme au figuré, l'inquisitrice interrompt ses pensées :
- "Les Scythes ne vous ont pas élu capitaine parce que vos fûtes l'un des derniers..." surgit Carillon que la haute stature de l'apothicaire masquait."...mais ici la peur est une arme, une arme complète, qu'il faut connaître."
- "Où... est-ce... ici ?" Spa articule-t-il, crispé par l'effroyable douleur de ses muscles faciaux.
- "L'ichor d'un de ces tyranides a rongé le système respiratoire de ton casque. Plusieurs secrétions acides ont dévoré ton visage, Frère, mais Pater Nostra en a vu d'autres. Et tu n'es pas si laid."
Je respire. Les odeurs me parviennent.
Et si tu préfère poursuivre ainsi, je relaterais tes propos à Fitz-Osbern
Spa fixe l'émeraude des yeux attentifs de Carillon.
- "Fitz, le Frère-Capitaine Spa est télépathe. Un leg latent des progénoïdes de Thorcyra."
N'est-ce pas pour cela que l'Inquisition nous a jeté dans les griffes de Kraken ?!
- "Et il apprend vite. Il vient déjà de comprendre qu'il y a au moins deux Inquisitions."
- "C'est en effet précieux de comprendre cela, ici." se moque Fitz-Osbern.
Moi-aussi, je vous salue. relaie Carillon.
KDJE
=][=

8. Vers la lune d'Eb


De Talasa Prime, l'Aquila l'a ramené vers les baies de lancement, puis, sous la protection de l'espace pacifié de Maccrage, le fragile escorteur transformé en porte-nefs a bondi dans le Warp jusqu'à l'orbite de rassemblement où l'Imprematur veille sur le troupeau spatial de sa croisade. Dans le vaste bureau attenant à sa cabine, Lore balaie des doigts le plumage inerte de son familier. D'après les rapports, l'installation au sol de sa base arrière et les rotations des permissionnaires n'enthousiasment pas la modeste population d'Algr. Les chevaliers rechignent devant cette invasion imposée dont les réquisitions de vivres et de matériels se font désormais à la pointe des bayonnettes. L'état d'urgence a été décrété. Plusieurs plaintes pour viols, agressions. Lore n'a cure de tout cela. Détails. Il lit : "Le colonel Vanodurden a délégué le corps d'arbitrators réchappé de Baro."
Sur ce monde-frontière qui n'a jamais connu l'Adeptus Arbites, très bien !
Lore félicite son chef militaire d'une note : "Notre présence n'est sans doute que temporaire, mais faîtes comprendre à ces gens que le service de l'Empereur ne l'est pas."
L'Imprematur geint, dans sa lutte avec le Warp.
Dès qu'il a regagné le navire, Lore a informé, ordonné, détaché de sa flotte un escorteur. Il ne suffira pas. Il arrivera trop tard, trop tard pour pister l'Irredente Fili et ses marines en armure bronze dès leur départ de l'orbite talasane : un croiseur rapide de la Deathwatch, réaffecté LRES ; le fils de l'Irredente !
Mais on ne sait jamais.
Le choeur d'astropathes et la Maison des Navigateurs de la Tour de Transit de la forteresse, eux, ont oeuvré sans délai, ont agi envers Lore comme n'importe quel service d'appui à un inquisiteur de passage, en mission et nanti des bons sceaux. Ils m'abandonnent à ma proie. Au venin, le contre-venin. "Les inquisiteurs meurent, l'Inquisition reste". Lore connaît la loi intérieure, la rectitude de Titan ; et le jeu des factions, leur cycle d'influence. Ce qui attend Talasa Prime ne le concerne plus. Il a joué son rôle, et dans l'attente du suivant, l'entracte lui revient.
Le rouleau ressemble à tant d'autres. Longue liste d'intermédiaires, de rajouts documentaires, folie spatio-temporelle de la centralisation impériale, malgré la célérité plus vive de son bras chéri, l'Inquisition. Et tout en bas, les faits. Cette mission sur la lune d'Eb, sans lien direct avec l'interception ratée du Tullianum, cette énième mission contre l'une des furies orphelines mais féroces de Kraken. Enième équipe d'extermination, stratégie du compte-scalpels. Sacrifice.
Mais sacrifices utiles.
Je sais qu'il y a un lien !
La lune d'Eb n'est pas rien, en tous cas pas ce qu'elle semble être photographiée de son orbite, bille d'agathe qui aurait perdu ici et là de son vernis. Sous l'atmosphère fine et les cratères verdâtres, c'est un gruyère, une mine abandonnée depuis des éons par une race inconnue et sans épitaphe, dont l'Adeptus Mechanicus exploite les insolents filons d'adamantium lorsque les tyranides qui s'y sont réfugiés lui en laisse le temps. Obstinés sont les technoprêtres : quatre exfiltrations d'urgence. A chaque fois, des milliers de serviteurs perdus.
A l'intérieur des méandres souterrains sévit une formidable jungle, filandreuse, dont chaque tunnel semble n'être qu'une branche nourrissant ses propres végétaux parasites. Pas un animal indigène dans la lune d'Eb, pas un insecte. La jungle a régné seule durant des millions d'années. Peut-être est-ce elle qui a contraint les premiers mineurs à abandonner leurs mines. Ou est-ce elle, les mineurs, argumente l'Ordo Xenos dans une réserve polie.
Le problème d'Eb n'est pas les tyranides, mais bien les orks. Lore n'est pas friand de xénologie, les xénos, quels qu'ils soient, ne sont que les obstacles naturels à la domination inévitable de l'Imperium sur la galaxie, obstacles que n'importe quel citoyen peut reconnaître et abattre. Les xénos sont sans commune mesure avec l'hérésie qui trahit, et retarde, cette légitimité du règne humain que seul l'Empereur peut conduire. Combattre l'hérésie demande d'être plus qu'un citoyen.
Depuis un demi-siècle, les rapports précisent l'équilibre de la lune d'Eb. La jungle se reconstitue aussi vite que ne la consomment les organismes tyranides qui s'y sont enchassés. Les orks exploitent eux-aussi l'adamantium, avec une armée d'esclaves et de gretchins qu'ils ont apporté avec eux et qui se renouvèle depuis. Les orks forment un royaume, depuis qu'ils ont perdu leurs vaisseaux en chassant vers les grottes et les failles ceux, collés à la surface, des tyranides. Le conflit s'est enterré. Pour les orks, si indifférents au passé comme à l'avenir, la lune d'Eb est leur rok, puisqu'ils y sont, y vivent. Une attitude que confirme régulièrement l'Adeptus Mechanicus, y compris par le biais d'assassins réorientant la "politik" des peaux-vertes, mais aussi par la contractation usuelle. Les orks extraient pour les technoprêtres. Un pragmatisme que Lore ne peut s'empêcher de juger blasphématoire, une dépendance abjecte !
Dans l'une des formidables entailles contrariant la perfection sphérique de la lune, le périmètre de la technogarde s'enfonce à presque trente-huit kilomètres de profondeur, autour d'un puits principal étagé d'astroports puis, sous les faîtes des cavernes croisant les racines, de zones de téléportation. Ni les tyranides ni les orks n'ont plus d'installations en surface, ni sans doute la mémoire d'où elle se trouve. Avec la jungle, ils se dévorent dans les galeries d'humus au mieux phosporescent, tour à tour proies et chasseurs, dans un cycle infini qui n'a encore connu d'autre tendance qu'un jeu de pompe poussant une offensive ici et un retrait là. Parfois, d'un des navires en orbite du modeste blocus impérial, on voit quelques cratères s'illuminer soudainement d'une clarté fugitive, signalant la mort commune de quelques centaines de milliers de xénos dans une jungle souterraine brutalement embrasée par un lunaire coup de grisou. La pression continue qu'exercent entre eux les xénos n'a rien d'un répit pour les adeptes et serviteurs de l'Omnimessie, accrochés par les ongles au coeur d'une sauvagerie qui menace de les broyer à chaque extension de l'exploitation.
Eb sera la suite du chemin. se promet Blackburn.

Le chemin demande tant à ravaler.
- "Pour qui croit à la salubrité de l'Astronomican, l'Orient reste un dissimulateur parfait. Les aveugles n'y prendraient garde, ils sont hélas nombreux, refuseraient que ces ponctions parmi le sommet de l'élite, pour ne causer que de celles qui vous concernent, servent un autre maître que la mort, normée, assurant la survie de l'Empereur et des rouages de notre Imperium."
- "Je comprends votre enquête..." a reconnu le Maître de la Maisonnée, par lequel le Commandeur Calgar, absent, s'est fait représenter. "...mais, Seigneur-Inquisiteur Blackburn, notre chapitre n'a pas à interférer, ni même à porter crédit ou discrédit, à des missions organisées, et pas coordonnées, j'insiste, par Talasa Prime. Le taux de perte de ces missions est à la hauteur de l'expérience qu'elles permettent d'acquérir, ou confirmer. Que ce taux ait, d'après vos rapports d'étapes, grimpé en flèche au fur et à mesure de votre traversée de l'Ultima Segmentum, comment dire..."
Oui, ne dis rien. Poursuis là où je t'emmène.
"...Cette économie du risque, toute militaire, est celle des space marines depuis que l'Empereur nous a enfanté."
Le Maître avait appuyé sur le nous.
Lore avait entretenu de sa queste cet ancien pressenti à la commanderie du chapitre, champion devastator devenu porteur d'une Hache de Prandium, que ses frères (et le dégoût que lui inspira la commission d'enquête sur la colonie Beta/54, aima-t-il à préciser) révéraient à la droite de Calgar. Lore fixait la droiture au-delà du mensonge, quand le maître space marine désignait autour de lui la Forteresse d'Hera comme seul fournisseur permanent du bras armé de l'Ordo Xenos. Et uniquement cela.
- "Nous, Ultramarines, vous vous en êtes inquiété, offrons au moins trois doigts de chaque gant puissant par lequel frappe Talasa Prime. Notre honneur et notre foi, parce qu'elles sont pures, ordonnent cette générosité. Pour tous les frères de bataille admis sous l'épaulière d'argent de la Deathwatch, l'oméga inversé qui lui fait pendant est un exemple, et le sera toujours. Pourquoi voulez-vous qu'il en soit autrement ? Pourquoi chercher l'hérésie là où elle ne peut naître ?"
- "Les rapports me font simplement conclure à une surconstatation des pertes isolées, au mépris des actions collectives du chapitre. Elles corroborent bien d'autres défections parmi bien d'autres ressources impériales, sur une zone très étendue."
Un feu de joues trahissait la fureur contenue du Maître de la Maisonnée.
- "Seigneur-Inquisiteur, mes aînés ont raccompagné maintes fois les seuls traîtres qui soient vers l'Oeil fangeux autour duquel vous avez visiblement bâti votre carrière, et je peux vous emmener céans contempler le sang demeuré glacé dans les calottes polaires de Maccrage. Pénétrez-vous de cette différence dans la norme, mortelle, dont vous tentez d'émousser l'immaculée magnificence. Je vais moi-même aux pôles tous les ans remercier ceux qui m'ont conservé l'honneur de poursuivre ici la fonction sacrée qui me fait vivre. Je ne veux pas d'une seconde giclée de ce sang sur ce monde. Nous ne le permettrons pas. Et je n'ai cure de la paranoïa qui mine votre ordre ! Méfiez-vous de qui vous voulez, mais pas des plus glorieux guerriers de l'Imperium ! Regardez par cette fenêtre. Là-bas, derrière la lumière du jour, est la course de Talasa Prime dans la Mer des Etoiles. Croyez m'en, on ne complote pas si près d'Hera !"
- "Donnez m'en la preuve." défia Lore avec un rictus de déception. "Car si je vais dans les cathédrales d'Ultramar, qu'y trouverais-je mieux adoré : l'Empereur, ou son treizième fils Roboute Guilliman ?"
Mentalement, le Maître Ultramarine maudit l'Ordo Hereticus et le changement que ne stoppaient les siècles.
- "Je sais constamment où sont tous mes frères."
- "Vous le savez approximativement. L'Ordo Xenos organise et ne coordonne pas, vous l'avez relevé vous-même."
- "Je sais, suffisamment, où sont tous ceux qui portent les armes et les lumières de mon chapître."
Assis sous le discours de son hôte, Lore afficha une moue dubitative, presque moqueuse.
- "Tenez," parvint le Maître, "l'Adeptus Mechanicus a requis une nouvelle fois des équipes d'extermination sur la lune d'Eb. Ce n'est pas loin. Là, dans cette lune, dix space marines des chapitres Ultramarine, Iron Hands et Scythes of the Emperor, regroupés sous l'épaulière de la Deathwatch, plongent peut-être en ce moment même au plus profond de la zone lunaire impériale afin de libérer un magos technoprêtre, sa suite et son équipage, gagnés par une poussée offensive de l'ennemi. Allez y chercher la preuve par vous-même. Je sais, moi, qu'elle ne prouvera rien d'autre que mes dires, qu'un de mes frères vous y accueillera."
- "Je pourrais les attendre ici, puisqu'ils ont votre certitude de revenir."
Le maître Ultramarine empoigna son pistolet-bolter et y enficha un chargeur. Bras tendu, il posa la bouche de l'arme sur le front chauve de son contradicteur.
- "S'ils ne reviennent pas, je peux vous amener où les attendre." menaça-t-il d'une voix calme. "Les aveugles n'y prendraient garde, peut-être parce qu'ils ont autre chose à faire que de regarder mourir les autres. Entretien terminé, Seigneur-Inquisiteur Blackburn. Passez au scriptorium prendre votre homologuation, puis saluez pour moi ceux qui tolèrent votre inutilité."


Aller plus loin avec le post :
Baro : condamné pour incartades, rapines et sévices anti-Ministorum, le gouverneur planétaire a révélé un appétit puissant pour le démon et livré les deux ruches mésosphériques de Baro à la guerre civile. Répression et rétablissement de l'autorité impériale par la croisade Rudd (chapitre Black Templar, Sénéchal Evin Rudd). "L'apparence baclée des diverses enclaves d'évacuation ne doit pas masquer l'extrême efficacité du bombardement bactériologique final" précise le rapport définitif du seigneur-inquisiteur Blackburn, louée soit son intervention en qualité d'Adepte Superviseur. Demande de sanctification du pontife de Baro en cours de traitement par les services écclésiarchiques d'Ophélia VII.
LRES : Long Range Extermination Ship, nda. Selon la terminologie talasane, désigne les missions Deathwatch et/ou Exterminatus au-delà de l'Astronomican, dans le Halo.
Tullianum : vaisseau-forge ou vaisseau noir de classe Retaliator lancé en M33, encore immatriculé au quartier général de la Flotte du Segmentum Solar malgré trois statuts perdita confirmés (et deux autres plausibles). Soupçonné d'avoir servi de base d'opération mobile de l'Officio Assassinorum durant l'Apostasie. Destruction mentionnée par l'Avoué de l'Inquisition à la séance des quaestiones perpetuae du Haut Conseil des Seigneurs de Terra (calendes M37) en réponse à une interrogation du Grand Connétable de la Garde Impériale. Identification du Tullianum relayée dans le rapport d'avarie du libre-cargo Spoon of Assborngonde faisant partie du convoi off-clause vers Eb Majoris, le 5 avril 004M42 ; retrait de plainte déposée par Triplex Phall à l'encontre du croiseur Irredente (tribunal des chartes et des affaires spatiales, Duniash).
KDJE
=][=

9. La renaissance


La pente hélicoïdale mène de l'antichambre du sépulcre à l'apothecarion. Spa a toujours savouré à sa mesure cet endroit de transition médicale, récompense du combat mené jusqu'à en perdre conscience. Commun à toutes les présences de l'Astartes, troisième de la trinité monastique avec l'arsenal et la chapelle, Spa qui y revient debout, malgré chaque pas et leur douleur tangible, est accueilli attentivement par un peuple voué à la coercition de la perte. Comme Spa ressent de même les siens à l'oeuvre, organe de Larraman et rein oolitique réchafaudent les anges de la mort dans une demi-douzaine de caissons stériles, parfois ouverts, où... lisent des frères, sans doute en pénitence. Saluts discrets d'égaux demeurés dans l'honneur et la force de vivre. Sur quelques litières, parmi la trentaine disponible, d'autres blessés, y compris des femmes, n'ont pas la taille requise. Cette mixité des guerriers, comprenant peut-être des civils, choque l'habitude de Spa par ce gaspillage de ressources. Le front est proche. Beaucoup de soeurs hospitalières s'activent dans un silence préservé. Un autre médic, jeune, que sa stature anormale seule distingue comme space marine, anime l'atmosphère paisible de ses prescriptions chuchotées à un haut-serf à la barbe fournie. Une lumière caniculaire tombe de puits à miroirs et complète l'agréable fraicheur de ce temple de la vie, aux murs taillés dans la roche. Installation ancienne, encombrée. Engoncée dans une alcôve, une fontaine bruisse d'une eau trouble. Un grillage de caoutchouc assourdit les pas. Spa se souvient de la lune d'Eb, de la coursive B du Fides. Spa repousse ce qu'il ne veut accepter. Le présent, seul le présent compte. Par le pénis enroué de l'Empereur, où suis-je ?! aimerait-il contredire oralement sa discipline. Traversant à moitié l'apothecarion, sans prêter garde à ses éventuels réactions, Fitz-Osbern et Carillon emmène Spa vers une autre pente, de moellons grossiers naphtés et posées contre un mur. Le trio s'y élève, se penche sous le plafond plus bas, progresse longtemps.
Une galerie sombre de roche ocre, stratifiée de calcaire, de granit et de sédiments noirs fossilisés, apparaît comme le but de leur montée.
- "Médicalement, tu es sauvé." introduit soudainement Fitz-Osbern d'un sourire de moustache. La porte qu'il ouvre un peu plus loin est lourde, étroite et blindée. Elle protège une caverne bien plus vaste que l'apothecarion. Martèlement et lime électrique agressent Spa autant que la puanteur des graisses d'armes et des huiles figées. Peu de techs oeuvrent toutefois dans l'arsenal. Armes de toutes sortes rangées telles des livres sur des rayonnages d'acier segmentant la vaste voute. Etablis de maintenance, silhouettes trapues d'un rhino et de deux razorbacks encerclées de caisses, bidons, machines-outils. Les blindés sont peints de couleur sable et frappés d'une simple tête de loup noire et d'un lettrage d'identification blanc. Des filets de camouflage désertique trainent un peu partout. Cartouches de zitron empilées [munition défoliante adaptable aux lance-flammes, nda]. Fitz-Osbern hèle l'un des humains affairés sur le plus loin des blindés. Celui qu'il désigne en retour est un vieux subhumain, squat, au visage fermé, la barbe maquillée de graisses. Il jette à Fitz-Osbern un disque tordu que le kan-earl réceptionne à la volée. L'apothicaire le tend à Spa.
- "Tu lui dois la vie."
Le disque crénelé est partagé verticalement en son diamètre, de couleurs comme de symboles. Os et métal, blanc et noir. Spa remercie d'un signe de tête.
Excentré, le techmarine au torse nu les reçoit d'un regard curieux au dessus de lunettes polyoptiques à laser de filetage. Attablé, il semble dîner d'un cadavre déjà fort entamé, démembré et à la croute délaissée. L'état de ces pièces d'armures énergétiques atterre les deux marines, Fitz-Osbern se navrant toutefois d'une grimace plus blasée.
Intuitivement, Spa entend que la sienne fut également amenée ainsi, avec lui dedans. Que ce sont peut-être des parties de la sienne.
Le techmarine se lève, déséquilibre un tas de ferraille dans une caisse à munitions derrière lui. Spa comprend mal qu'il ait pu conserver son pantalon d'armure sans le secours du moteur dorsal. En contournant la table vers le trio, mollets et pieds bioniques du techmarine crissent de quelques légers désajustements de rotules.
- "On dirait que les cordonniers sont les plus mal chaussés, Artificier Mélanion." se moque gentiment Carillon que ce couinement mécanique agace aussi.
Le techmarine toise Sophia, dont le sommet du crâne ne dépasse pas le milieu de la poitrine de son interlocuteur, et la salue d'un revers de poing allant frapper le coeur. Les cheveux roux s'animent de ce frôlement.
- "Si j'avais le temps, Inquisitrice."
Spa aurait aimé sourire et il le fait intérieurement. "Les contingences séparent les organes de l'Imperium et souvent ceux-ci s'en illusionnent", aimait à répéter le frère-chapelain. Remettre à sa place, et face à ses dépendances, même un inquisiteur (surtout un inquisiteur), voilà bien l'Astartes telle que l'ont pratiqué Thorcyra et les siens. Je ne suis plus sur Eb, mais je suis dans l'Imperium, se rassure Spa.
Amusé par l'échange, Fitz-Osbern désigne ce que présente le techmarine. Ce dernier l'offre à Spa.
- "Je n'ai pu retrouver le talent de celui qui a réalisé cette combinaison, la rétractabilité des griffes, mais son savoir était connu, sur Mars."
La signature logotypée du techmarine Vogb, des Scythes of the Emperor, est presque effacée sur le débris du gantelet à griffes éclair, où saille encore l'ancrage du lance-bolt et de son faisceau servoneural.
Spa tend sa nouvelle main bionique, réceptionne gauchement le souvenir dans la paume désespérément ouverte.
- "Pater Nostra n'a pas supprimé le switch ?" s'étonne le techmarine à la vue de cette rigidité.
Spa, malgré l'ignorance du terme rituel, dénie de la tête. La connaissance des boutûres font des techmarines les jardiniers des guerriers, dont ils récompensent la sève plus surement qu'un sceau de pureté fixé par le chapelain. Spa apprécie le respect de ces prêtres, initiés sur Mars, leur savante eucharistie envers les mystères de l'animation du métal et son alliance avec la chair. Comme tous les space marines, Spa prient ce qui est venu combler et poursuivre son corps, et plus encore, ce qui le recouvre, le protège et le sauve. Son âme en a besoin et ce besoin doit être remercié, respecté. Spa doit tant à la piété et au respect prudent des techm...
- "Porcelaine de switch de capote en grès !" jure nerveusement le techmarine en accompagnant le coup de son maillet de bois sous la paume bionique. Parmi les multiples articulations de la main artificielle, dans l'envol de l'artefact vogbien, un débris s'échappe d'entre deux tendons tordus, anime d'un cliquetis de tension relachée la prothèse à présent libérée. "...pourtant pas compliqué." maugré le techmarine en retournant à sa table.
Devant l'effarement de Spa, Fitz-Osbern croit bon de commenter.
- "C'est un schismatique. Son incurable râlerie l'y prédestinait."
Derrière l'humour du chef, Spa ressent la gêne volontairement masquée devant le juron, l'attitude insensée du techmarine. Un schisme, parmi les élus du Culte de la Machine ?! Un frisson solidaire glace l'échine de Spa. "L'interdépendance est un équilibre de pouvoir." rappelait souvent Vogb en refusant les félicitations de ses frères, qu'il équipait.
- "Mélanion...?" requiert le kan-earl.
- "Elle est prête, dans l'entre-sol 2."
Dans un geste fraternel, Fitz-Osbern remercie le techmarine d'une tape sur l'épaule.
- "Remerciez plutôt mon nodule cataleptique, cette création d'un enfant de putain !"
- "A vous revoir, Gros Mél'." salue l'inquisitrice.
- "Allez-vous faire empaler, vous et vos deux-qui-zitron." se ferme le techmarine en se réattablant à son assemblage.
Dans le vaste et bruyant ascenseur, lui-aussi éclairé naturellement d'une solarité diffuse, échappée de quelques pièges à lumière cachés dans la roche des murs, Ne connait-on pas la nuit sur ce monde ? Pas d'ampoules, pas de torches..., prévu pour descendre les blindés dans l'arsenal, Carillon prépare l'explication devant le regard de Spa ; le marine est à l'évidence plongé dans d'insolites pensées.
- "Le techmarine Mélanion me reproche de lui donner du travail."
- "Et il n'est pas le seul." pique Fitz-Osbern avec un demi-sourire. "Frère-Spa, tu vas retrouver une armure. Elle t'est nécessaire, là où nous allons."


Aller plus loin avec le post :
Palomi Vogb, techmarine [991M40 - 921M41], chapitre Scythes of the Emperor, KIA. Tué au combat lorsque le lance-bolt qui remplaçait l'un de ses yeux s'enraya, le techmarine Vogb marqua de son empreinte plusieurs générations de Scythes, qui firent perdurer son souvenir par de nombreuses citations passées depuis dans les Pensées du jour du chapitre. Parmi celles-là : "N'est Dieu celui qui relève d'imperfection."
KDJE
=][=

10. Le tain de l'univers


Quitter les jeux d'arcanes de la salle basse, plus encore aujourd'hui quand ce Blackburn l'avait souillé, demeurait un baume pour Sophia. Les murs l'ennuyaient, quels qu'ils soient.
L'Orbe avait renforcé sa solitude, mais celle-ci contribuait à la véritable passion de l'Inquisitrice Carillon pour la négation des destins.
Le déploiement de l'Orbe Bronze dans l'Ultima Segmentum doit beaucoup au couloir des invasions tyranides, et à la lente spécialisation de Talasa Prime vers cette branche qu'est aujourd'hui improprement reconnue sous le terme d'Ordo Xenos. Sophia fut recrutée dans ce cadre finalement récent, créé il y a 260 ans par Kryptman, et Behemoth. La force de l'Orbe Bronze est celle de toute secte, elle fait flèche de tous bois, même de cette spécialisation vassale de la grande marche psychique de l'Humanité. Sophia en a prit l'habitude, car là fut son initiation, son acceptation de la vérité : une action, deux effets. Comme le marin partageant ses mains entre la mer et le bateau, l'ivresse et la manoeuvre, dans le sage respect du péril permanent, justement défini par sa permanence.
|i]La permanence du péril le cache là où il ne devrait être.|/i] appréciait de psalmodier Ian-Alec à celle qu'il avait sélectionné sans jamais lui dire pourquoi.
Dans le choeur d'op' Dw, ceux qu'elle avait sélectionné sauraient un jour peut-être pourquoi. Toujours prendre parmi les missions celles à espérance de vie moyenne, la dernière e.v. moyenne en partant du bas.
L'Irredente Fili était à quai lorsque l'aquila de quart la ramena au caboteur intra-système. Ultramar aussi a changé, depuis Behemoth. L'empire des Ultramarines est un atout et un inconvénient, pour l'Orbe. Comme tout être et toute chose dès qu'ils participent à tramer le monde. Dans l'abri complice du caboteur, Sophia programme mnémoniquement le téléporteur illégal, exchassé et remis dans cette cale, sans doute bien malgré eux, par ses pragmatiques donateurs. L'attente ne sera pas longue. Elle ne l'est jamais. D'apparence si fragile, la courbe de moelle spectrale s'enlumine de la réponse attendue. Sophia se place dans le portail, met sa vie dans les mains de ceux que son Ordo est notamment sensé percer, avec, comme à chaque fois, la sourde conviction que Ian-Alec, l'Admis à la Bibliothèque, sera plus rapide à punir son doute que ces passeurs qui hantent la Toile.

Pourquoi chercher à se souvenir ? Sophia ne se souvient jamais. A peine lui fut-il nécessaire de savoir que la Toile est un écheveau détruit en ces confins de la Chute, dispersée en tronçons périlleux, mais pas encore futiles. Les exodites préservent le passage des regards, et donc des souvenirs, des mon-kheigs auxquels ils donnent droit de l'emprunter.
Même écheveau que la prédestination organisée de Ian-Alec, dont l'art du commandement a toujours préféré la déduction factuelle à l'explication. La dernière e.v. moyenne en partant du bas.
Le gracile escorteur eldar, coque à coque, échange avec le libre-cargo de classe Cobra. Le minutage spatio-temporel est le prix épuisant de l'efficacité de l'Orbe Bronze, plus encore que de sa fille-mère l'Inquisition. Tous ceux qui ont accepté la vérité ont une horloge dans la tête. Celle-ci couvre leur zone, cube artificiel de plusieurs parsecs composant l'immense damier administratif de l'Inquisition du sud-est galactique. Pour les horlogers ralliés à l'Orbe, ce cube et les huit qui l'entourent.
La lune d'Eb est la septième voisine de la zone officielle de l'inquisitrice Carillon.
Je vais là où je ne peux être.
L'Adeptus Mechanicus n'échange pas avec l'Ordo Xenos, il négocie. La vanité est un moteur ambigu, qu'affectionne cependant l'Officio Munitorum et plus encore tous les gestionnaires des (faibles) ressources orientales de l'Imperium. La vanité accélère le compte-à-rebours, limite davantage les missions de secours, est propice à l'erreur. Les gestionnaires l'ont appris : plus vaniteuse est l'erreur, plus l'erreur est économe.
- "Teleport 24, Deep-ports 13 et 3, voilà apparemment ce qu'il reste des neuf bastions creusés et enfoncés par le Culte de Mars dans les entrailles de la lune d'Eb. Les autres ont été séparés, isolés, parfois repris, ou reperdus. La plupart sans doute dévastés, même si les rouges ne veulent encore le reconnaître. Situation confuse depuis deux semaines. Pertes sévèrement lourdes."
Sans chercher à savoir où il a embarqué, Sophia apprécie la synthèse de son lexmecanicus, un de ceux sur qui elle a barre et qui forment l'aéropage dispersé de son réseau d'informateurs. Ils font l'inquisitrice, plus que ses sceaux personnel et psychique, et aiment à qualifier le véritable ennemi de sa couleur.
Sévèrement.
Dit avec moins de concision diplomatique que le langage interinstitutionnel, les technoprêtres vivent les derniers jours d'un cinquième rejet par la lune d'Eb.
Confiant dans la confidentialité de sa passerelle, où se serrent second, timoniers et calculatorlogis, le Libre-Capitaine poursuit le résumé à l'adresse de son habituelle passagère :
- "Talasa Prime a accepté la requête de l'exploitation lunaire d'Eb. Une équipe d'extermination de niveau 2 a été dépêchée en urgence. Parvenue sur zone, il y a eu contre-ordre : << Trop tard, opération annulée.>>"
- "Et ?" distingue mal Carillon.
- "Et l'officier commandant l'équipe a passé outre, arguant que le référenciel n'était pas le même de chaque côté de la communication. Il m'a ordonné le larguage des torpilles d'abordage en très basse orbite. Perte de contact depuis, le signal-code du Aihpos nous ayant contraint à nous retirer de la zone, sous menace que vous ratiez votre correspondance."
L'oeil de Sophia cligna à ce nous. Mon vaisseau !
- "C'est vous, Libre-Capitaine Mohkc, qui avez assuré le transit de l'équipe d'extermination depuis Talasa Prime ?!"
- "Affirmatif, Inquisitrice, vous étiez convoquée en conseil et l'ordre ne souffrait pas d'attente."
La dernière e.v. moyenne en partant du bas.
Dans l'esprit de Carillon, plus que la pertinence des contrats impériaux liant les commerçants autonomes à la subtile logistique talasane, l'admiration professionnelle pour l'Urne prit la forme d'un rire mental, libérateur, qu'elle aurait souhaité penser vers lui, où qu'il soit à cet instant. Puis ce vent rieur se mua en une brise d'une infinie gratitude.
- "Et comment se nomme cet ange que le suicide promis ne semble détourner ?"
- "Frères-Capitaines Meanus ou Spa. Cette équipe est bourrée d'officiers. Je crois que c'était Meanus, un Ultramarine."
- "On dirait que c'est la première fois que vous transitez des Deathwatch, Mohkc !" tança Carillon, mécontentée par l'imprécision.
- "Inquisitrice, j'ai reçu d'autres ordres depuis." proposa le libre-capitaine d'un ton plus peiné qui voulait excuser son manquement à l'exigeance. "Ils précisaient que votre arrivée par l'escorteur exodite serait leur confirmation."
- "Je sais." s'assombrit Sophia dans le jeu qu'elle s'était fixé face à cet équipage. "Pas de retour à Eb comme transporteur. Nous savons donc tous ce qu'il nous reste à faire. Lexmecanicus, préparez la paperasse qui cautionnera le spectacle chez les sélénites, tant que faire se peut."
- "C'est assez... écoeurant." commenta le libre-capitaine dans le silence curieux, et désormais plus solidaire, de ses officiers de passerelle.
Autour de l'inquisitrice, la tension monta soudain d'un cran.
- "Avec vot' respect, Cap'taine, qu'est-ce qui nous res..."
Dégainant son pistoler laser, Mohkc l'enfourna adroitement dans la bouche de son second.
- "Pour ce qui te concerne..." appuya-t-il sur la détente.
Le lexmecanicus venait de faire de même avec l'un des timoniers.
KDJE
=][=

11. L'âme est armure


L'armure énergétique est posée sur son valet de bois massif. Une MK7, malgré un manchon et une cuissarde MK6. Masquant l'origine de la reconstitution, la peinture des pièces d'armure a été poncée, révélant l'aspect brut et rapiécé de la céramite et du plastacier. Simple crâne de fer au centre du pectoral, mais la faux noire sur le fond jaune écaillé d'une l'épaulière que le scythe connait bien. Frère Spa pourrait en citer les causes de presque tous les chocs. Il remercie silencieusement Mélanion d'avoir su conserver, sinon l'essence, du moins l'essentiel, du lien qui jusqu'à peu résumait sa vie.
Dans cette cave de roche nue, seulement meublée d'autres portants vides, la lumière solaire est bien plus vive, rampe par le long tunnel d'un large et profond soupirail. Brise d'air chaud. L'inquisitrice s'est adossée, genou plié et semelle contre paroi, au bord de l'éclat presqu'aveuglant qui frappe la roche et y projette en regard, y agrandit, le rectangle aménagé de cette meurtrière. Dans son dos, le backpack racle puis se tait. Carillon ramène ses longs cheveux en une chute le long de son épaule et de son sein blindés.
La toge a bu les derniers sangs. Le silence est devenu religieux.
Les deux marines se sont rassemblés sous le pont du jour, dont les ions enluminent leurs chevelures rousse et rase. Sur le front de Spa, la sueur commence à perler.
Pour l'ange arraché à la chute, l'émotion est pieuse, quasi palpable dans l'exsudation.
L'apothicaire aide Spa dans l'exercice toujours difficile de l'immersion du space marine en son armure. Les douleurs de chaque mouvement n'aident pas, ralentissent cette alliage sacré, trésor de l'Humanité depuis plus de dix mille ans.
- "Pourquoi la souffrance ?" occupe Carillon comme si elle pensait pour elle-même. "Pourquoi avoir privé ta chair et ton esprit de cet oubli accordé aux demi-dieux ?"
Spa interrompt le murmure presque inaudible de ses prières, litanies priant l'armure de l'accepter.
"Pourquoi, mon ange, pourquoi ?"
Le Scythe lève les yeux.
"Nous servons tous ici une même cause" poursuit l'inquisitrice qui désormais le regarde. "Une cause qui demande d'être lavée de millénaires d'erreur, de l'artifice de bien des tourments, de son propre manque de pitié. Ici, nous quittons la route, nous la terminons."
L'ancrage du corset claque dans ses attaches de ceinture. Le Sand Wolf referme le plastron autour des coeurs palpitants de son cousin Spa. Les bras du Scythe disparaissent, enfouis dans les manches qui entourent la chair et les bioniques d'une même promesse de protection.
"Regardes ta main, mon ange. Dans ton esprit, j'ai déjà vu semblable main de fer."
Ce n'est pas la tienne, Alvare. ce n'est pas de la tienne dont elle parle !
Fitz-Osbern tend le casque dans lequel il y a posé les gants.
Carillon continue de planter sa pioche dans le cerveau indocile du guerrier saint.
"Une nouvelle foi éteint celle des Iron Hands. Elle courre dans leur chapitre, s'immisce dans chacun de ses preux. Ta décade s'est égarée dans un complot qui n'a eu d'autres issues que de se révéler."
- "Ce que j'ai vu, Inquisitrice, vous m'empêchez de l'oublier." masque Spa d'un regard de gratitude à l'adresse du kan-earl. Les prières à l'armure s'achèvent, l'épaulière des Scythes est arnachée, élève l'épaule d'un de ses derniers fils.
Sophia connait cette résistance, commune à tous ceux qu'elle a ramené, extrait de leur destin. Tuer est prier, mourir est replacer. Une seule vérité, aucune question, l'impossibilité du doute. Une vie consolidée par cela, conglomérée par les litanies, surcouchée par les vernis opaques de l'esprit maintes fois délavé des grains de sable inutiles. Toute l'existence de l'Astartes transpire dans la résistance mécanique de l'ange Spa. Il n'est qu'une arme, il n'est qu'une foi, un but. Un but simple. Une perfection.
Elle aimerait lui dire, déterrer en lui la gnose ultime de la tuerie inévitable, apurée, qui l'a envahit tout entier, l'enfiche et finalement le damne dans l'ignorance fanatisée du vrai combat.
Cent siècles que cela dure.
- "Chaque Age de notre histoire est un cycle. Chaque Age est construction, puis destruction. Comprends-tu cela ?"
- "Je comprends les mots, Inquisitrice, plus que le sens que vous voulez me donner."
- "Alors sortons !" soulage fraternellement le kan-earl. "Dehors, il comprendra."
KDJE
=][=

12. Le passeur vers la lune d'Eb


Sophia avait gagné sa cabine, rencontrant parfois un corps étendu pour sa fiabilité douteuse et qu'emmenaient au sas ses soudains exécuteurs. N'importe quel port libre de l'Orient fournirait son remplaçant. Mokhc, c'était dans le contrat, subordonnait la Charte à l'Ordo, et face à l'Ordo, mieux valait être sûr du moindre membre de son équipage. C'était sans doute pour cela qu'il avait renommé son navire, le Comrade, et déjà perdu deux fois sa licence d'exploitation, sa première femme, son luxueux appartement dans la spyre ouest d'Epeda, ses avoirs financiers sur Kar Duniash. Mais il trouvait, cette fois encore, plus "écoeurant" de perdre la présente exclusivité lucrative de la ligne Eb-Talasa P. que de laver au sang les ponts de son rafiot.
Dans l'étroite cabine, Sophia avait revêtu son armure noire feuilletée de bronze, d'apparence de la sororité militante, les symboles en moins. En ce scaphandre protecteur, Sophia se sentait plus proche des nocte, filles non-désirées des putes sacerdotales du très schismatique Beau-Cardinal, hiérogame et régisseur des âmes d'Avnore III. Ces enfants, que cet admirateur de Vandire considérait comme ses propres déchets dus à l'impiété de celles qu'il avait honoré du rôle d'Empyrean, il les avait immolé au sein des escadrons exceptis excipiendis, prédication fort concrète de l'infaillibilité religieuse du Beau-Cardinal sur la population prostrée d'Avnore III. En ordonnant le bûcher pour cette milice de fauves et leur géniteur dément, l'acolyte Sophia avait gagné ses galons d'inquisitrice, et perdu quelque chose, sans doute.
Elle ceintura l'étui lourd du pistolet plasma, de ses recharges et du couteau à phase C'tan. "Toujours signaler qui l'on recherche", plaisantait l'Urne, qui le lui avait offert. Dans quelques secondes, la chaleur de son corps informerait la bille invisible, noyée dans la jonction dorsale du backpack. Cette bille, Sophia l'avait constaté contre d'autres, enflerait le jour de sa mort comme un soleil miniature sombre et vitreux, en trois nano-secondes, délai de son ordre mental reconstitué par le réseau neural de l'armure, le récepteur psychique du backpack ou même le mot-clé de son empreinte vocale. La boule de plasma creuserait une sphère parfaite centrée sur ses reins, vers laquelle tomberait son torse et son crâne par le déséquilibre ainsi créé. L'énergie se dissiperait dans la combustion de ses jambes. De ce suicide par le retour au néant venait apparemment le nom de l'Orbe Bronze, signait du moins son goût pour l'invisibilité de la cache et du sens.
A nouveau, j'accepte ce jour comme le dernier. se félicita-t-elle.
Derniers ordres auprès de Mohkc, plutôt vérification des ordres, du démaquillage du l'Comrade, puis retour au tube d'entre-coques, à cet exodite neutre et muet qui invariablement lui propose son regard, le sommeil sans songe qui, toujours, en découle et fait du corps endormi le fret accepté par l'intriguant allié. Parfois, Sophia l'informe d'un cap, d'une cible, dans l'ignorance feinte que l'eldar les connaisse déjà. L'aphone ne répond pas, bien sûr. Ne pas savoir qui manipule qui. Ne pas douter de l'Urne.
Le navire eldar ne va être qu'une diversion, l'enclume de leur assaut.
- "Je vous salue, Belle Cloche.", la fige l'exodite dans un haut-gothique amusé.
- "Par la morve de l'Empereur !" se surprend-t-elle à jurer, déjà genoux fléchis en position de riposte, main à l'étui du pistolet plasma.
- "C'est ainsi que le Dameur des Ténébreux vous nomme lorsqu'il pense vers moi."
Il faut à sophia quelques secondes.
Ian-Alec ?!
"Ce pseudonyme vous va bien. Vous devez être plaisante aux jeux de coussins..."
Sophia rassemble ses mains autour de la crosse, arme activée, pointée vers l'eldar. Celui-ci embrasse du regard le tube d'entre-coque, cage ajourée aux vitraux transparents noyée dans l'ombre du libre-cargo. Ses bras restent pendus le long de son manteau qui affleure le sol presque osseux du seuil modifié où, semble-t-il, le tube humain a trouvé le joint de sa pressurisation.
"...Lorsque vous aurez notre ancienneté, peut-être verrez-vous aussi, et inévitablement, les autres races aussi frigides que je vous imagine aujourd'hui."
- "J'ai connu un de tes cousins qui ne s'est pas plaint, vieillard."
- "C'est ce qu'il m'a dit : pour une humaine, elle est plaisante aux jeux de coussins."
Le ton est badin. Sophia hésite à baisser sa garde.
- "Vous ne voulez quand même pas me baiser pour prix du voyage, Passeur ?"
Maintenant qu'elle s'y consacre, l'exodite a le port terreux d'un grand fermier venu à la course pour y attendre la prochaine récolte. Il a soudain du temps pour parlementer, dans ce tube à gravité contrôlée.
- "Le Dameur m'a enseigné qu'une de vos antiques légendes, commune à tous les mon-kheigs, image la Mort dans un canot, d'où elle n'accepte de vous mener d'une rive à l'autre qu'en payant une obole de deux pièces sous la langue ou sur les yeux du défunt. Je ne suis qu'un canot. Qui sait l'obole que je prélève lorsque je conduis votre sommeil d'une rive à l'autre ?"
- "J'espère pour vous que ce Dameur le sait, lui !"
- "Pour ce voyage dont vous êtes l'otage partageant le risque, je ne vous endormirais pas ; voilà ce qu'il m'a offert."
KDJE
=][=

13. Deep-port 13 et au-delà


Dans la grande fosse de téléportation de la nacelle d'amarrage de deep-port 13, où est flanquée la frégate-cible, Frère alvare s'est dégagé du tir de saturation dont il a assuré la réplique, couvrant ainsi la longue course de ses quatre équipiers vers l'immense navire à l'amarre. Un à un, les quatre marines ont bondi de couvert en couvert, lachant parfois une rafale courte et précise. Un à un, ils ont disparu vers l'objectif, cette frégate opérationnelle qu'enserrent les ruines d'une autre et, de moindre tonnage, quelques cargos à quai.
Alvare ne comprend pas ce que transmet, trop entrecoupé d'un parasitage frustrant, son communicateur de casque. Le bolter lourd l'encombre, maintenant que toutes ses munitions ont à peine suffi à nettoyer l'arrière des retranchements ; les derniers technogardes, démoralisés, se sont enfuis dans les tunnels. Privés d'occupants, ces demi-bunkers demeurent orientés dos au gouffre, où saille sous eux l'immense nacelle d'amarrage. Alvare ne se fait aucune illusion sur ce qui pourrait jaillir des galeries que ces points fortifiés étaient sensés prévenir, plutôt que nous tirer dessus !
L'irrévérence de l'Adeptus Mechanicus, Alvare sait qu'elle n'est due qu'à un obscur officier, une mauvaise transmission des ordres, une fréquence non signalée, un de ces détails inhérent à la bataille comme à l'infériorité pathologique de ces interdits d'Astartes, mais que l'Astartes doit continuellement aider, supporter. Comme beaucoup de ses frères marines, Frère Alvare déteste le manquement. Il cale le bolter lourd en bandoulière, adopte un pas de course bondissant vers la frégate.
D'une poussée sur ses jambes, la gravité presque nulle de la lune d'Eb le jette à travers le tunnel du sas de poupe du bas-pont. Contre toute procédure, l'équipe d'extermination s'est auditivement dispersée, sans même lui laisser de signe, de repère. Ni les orks ni les tyranides, dont les multiples cadavres entremêlés témoignent d'un assaut récent, mais repoussé, sur la nacelle, ni même la jungle qui couvre l'immensité du gouffre où s'est pendu l'avant-poste du Culte de la Machine, ne peuvent être la raison de ce désastre tactique. Si les cargos ne peuvent en afficher autant, la frégate est intacte, ses hublots sont éclairés. Les micros de son casque recompose aux oreilles d'Alvare la sourde mélopée des machineries de bord. Frère Alvare délivre le bolter de son étui de cuisse, enclenche les précieux chargeurs.
Quelques altérations de pénombre. L'auspex s'anime d'une luciole. Le communicateur reste sourd. Sans même prendre la peine de sélectionner le type des bolts, Alvare en lache une rafale de trois sur la silhouette aux épaules alourdies par le respirateur. Dans le ralenti de la quasi apesanteur, le serviteur d'arme se décompose en plusieurs débris gerbant le sang. Alvare progresse avec l'agilité d'un singe dans une ramure dense, se repère à la qualité de capture des ondes radio. La coursive B longe toute la coque extérieure du Fides et s'arbore vers les entre-ponts, où sont défendus l'accès des puits vers la tour de navigation. A chaque sas de travée, barricades de serfs d'équipage, serviteurs éteints, que de précédents assaillants ont, semble-t-il, déjà neutralisé de tirs précis et ulcérés. Près d'une trappe au verrou vaincu, agrippé à un débris d'échelle, un frère à l'épaulière d'argent appelle silencieusement l'aide d'Alvare de sa main de fer.

La reconstruction atomique est toujours plus longue que sa prise de conscience. Et les extrémités de son armure ne sont pas encore pleinement matérialisées que le frère-capitaine Meanus se retourne contre le technoprêtre qui les a précédé dans le téléporteur.
- "Où sont mes autres frères ?! Où est le reste de l'équipe ?!"
Scaphandré à minima, tant les prothèses que couvre sa robe rouge semblent en dispenser son corps, le représentant du culte de la Machine a la voix modulée et métallique, ce qui ne doit rien aux communicateurs de l'escouade.
- "Une simple erreur, souvent cela arrive, les xenos qui nous disputent cette lune ne respectent pas les Esprits de la Machine. Les esprits de la Machine n'ont pas l'impureté de la ruse. Ils protègent ceux qui les servent. Je vais interroger l'Esprit qui nous a guidé..."
Meanus avise Spa d'un haussement du casque. Les deux capitaines activent la carte lumineuse clippée sur leurs avant-bras.
- "Nous sommes à 38 kilomètres de profondeur." est le premier à constater Spa.
Par deux fois de droite à gauche, la demi-rotation du casque de Meanus confirme à Spa le soupir intérieur du Frère-Capitaine. Séparer la décade d'extermination, même vers un téléporteur de décharge, même pour éviter les sautes d'énergie qui auraient mis en péril un transfert complet, est un zèle de trop, trop imposé, trop mécaniste, trop civil.
Ils ne contrôlent plus leurs relais de téléportation. pense de même Spa.
Le technoprêtre a extirpé une mécadendrite de sous sa toge rapée, la visse dans un commutateur externe d'un des piliers du téléporteur.
- "...Louée soit l'omniscience de l'Esprit de la Machine !" déclame le prêtre dans une résonnance soulagée. "Le magos n'est pas loin et même si le danger a été écarté de sa personne, venez à lui, vous qui pour lui avez imposé votre venue. Vos frères vous rejoindrons bientôt, j'en suis par Lui assuré."
Par la respiration transmise dans les communicateurs, le frère-capitaine déteste cette réponse qui lui est faite, comme il a déjà détesté la résistance administrative, polie mais à peine feinte, qui a accueilli les torpilles sur deep-port 3 et retardé leur descente pédestre vers le premier teleport, quatre kilomètres plus bas. Si, dans la brèche qui perce la surface lunaire, trois Ramilies pourraient s'y croiser sans peine, le représentant de l'Omnimessie qui leur sert de guide leur a expliqué que les dommages subis lors des attaques orks privilégiaient -aujourd'hui- de contourner la matière entre les profondeurs kilométriques 8 et 12, 17 et 24. Au-delà, ils seraient seuls juges. La téléportation plutôt que d'affronter l'artillerie ork et déferlement tyranide qui, précisa le prêtre, a déjà abordé définitivement deux frégates aux endroits les plus étroits du gigantesque "trou de ver" irriguant l'exploitation lunaire.
Ô Père, que cette carne de fer et ses semblables aient interdit la téléportation vers les étais perdus, qu'ils en préservent vos fils mes frères, qu'il n'attire pas mon courroux ! soumet Meanus dans une prière guillimane.
Il inspecte ses quatre équipiers, leur bolter lourd, un lance-plasma et trois bolter, dont le sien. La caverne n'est qu'une fissure exigüe, en pente, interstice en une strate qui s'est séparée en glissant sur une autre. Même la zone de téléportation et ses cadres angulaires, au centre desquels ils viennent de se rematérialiser, sont ancrés de biais, l'alcove des générateurs gagné dans la roche. Trois modestes projecteurs suffisent à éclairer l'ensemble. Presqu'invisibles, des ruisseaux de gravillons coulent lentement, rappellent l'infime pesanteur, continuent le déplacement séculaire de la strate à travers le teleport 38. Tandis que le technoprêtre s'agrippe à la console pour reparamétrer le téléporteur, l'escouade glisse elle-aussi vers ce fond de fosse. A l'un de ses coins supérieurs, un boyau s'ouvre dans le plafond. Les cendres de lianes, désormais imprimées dans la roche grise, marquent le contour irrégulier de cette lucarne. Nulle autre sortie que ce trou et les marquages hachurés de jaune et de noir désignant, plus haut sur la pente, la zone de téléportation.
Seul un sondage par radiation a pu déceler cette caverne, une téléportation précise y amener de quoi en revenir. La contestation de Meanus s'estompe devant cette preuve d'obstination du Culte de la Machine.
Le technoprêtre a achevé sa tâche. Il se retourne vers l'escouade, désigne le "plafond", tant la couleur plus sombre de la strate supérieure tranche avec celle contre laquelle ils se tiennent.
- "C'est de l'adamantium, de l'adamantium presque pur !"
KDJE
=][=

14. Avec les morts


L'escorteur de classe Shadow Hunter est apparu sur les scans longue-distance de la vigilance orbitale de la lune d'Eb, puis a disparu.
Pour immédiatement réapparaître, à dix-sept mille mètres de la bastide principale du vaisseau-forge, alignée sur la fréquence d'alerte résiduelle du couloir de protection orbitale de deep-port 1.
C'est maintenant que la main de l'Empereur se referme sur nous ou nous fait coucou. s'apprête Sophia à encaisser, vu l'approche affolante du Passeur que l'empathie psychique du réseau lui accorde de ressentir comme si la passagère était la figure de proue du vaisseau.
Mais, transmis en langue eldar, l'avertissement du vaisseau-forge est plus paniqué que menaçant. Le joueur de coussins désigne sa transcription sur un écran dérivé. Sophia ne le laisse finir.
- "On s'en fait toute une idée, mais votre technologie reste très audio-visuelle," lui chuchote-t-elle à l'oreille tout en pensant vers lui, vexée, Je parle et je lis votre langue ! Le réseau d'infinité sourit, comme lorsque l'humaine a accepté sans ruse la prise respiratoire afin d'épargner sa réserve d'armure. Sophia savoure ce sourire volontairement adressé plus que la première fois, quand elle n'a interprété qu'une glaciation aussitôt fondante le long de ses synapses. Emprisonnée par le départ du Comrade, rampant dans un vaisseau sans besoin d'équipage, elle avait dit alors à l'hologramme :
- "Vous n'êtes pas exodite."
Mangé par la ramification dense de la moelle spectrale vertébrant cette partie du Shadow, l'image lui avait répondu avec la tristesse si noble de ces xénos maudits par eux-mêmes.
- "J'aurais pu, Belle Cloche. J'avais embrassé la Voie de l'Errant avant que la Grande Dévoreuse ne me rappelle vers ma mort sur le vaisseau-monde de mes ancêtres, et bien des colonies auraient pu sinon m'attacher à elles. Ce que lie Kraken vaut pour les coussins. J'aurais apprécié vous voir chiffonner les miens ; vous n'en avez pas le dégoût."
Je n'ai plus le dégoût de rien ! avait-elle laissé sa mémoire gémir.
- "Nous avons du temps," avait repris l'hologramme pour accompagner la lente reptation de l'inquisitrice vers ce cocon de maintenance, "prenons plaisir à converser de nous-mêmes. J'ai étudié la patronymie humaine, vous ne vous appelez pas réellement Carillon ?"
Cette fois, c'était Sophia qui avait sourit, mais elle apprécia l'élégance du prétexte. Qu'avait-elle d'ailleurs à reprocher à cet esprit, à cacher à ce fantôme ? Qu'avait-elle à cacher que sa bille dorsale h-t-e n'emporterait avec elle ? La voix de Sophia s'éleva dans ce tombeau sans repos des perdus de Iyanden.
La voix et la peine.
- "Ma mère était réputée pour faciliter l'accès transcendant à l'Empereur-Dieu, et un notable envieux sut la convaincre de lui procurer la béatitude de cette communion. En échange, il accepta à l'avance de me recommander à une schola progenium sur une autre planète. J'y perdis ma mère, comme j'aurais pu perdre l'activité qui m'avait permise de survivre jusqu'alors, mais j'y gagna l'attention d'un homme, une autre boursouflure de la foi, ayant fait fortune par des combats d'orks. D'une certaine manière, il acheta l'orphelinat et, lentement, sans en réchapper lui-même, en fendit les âmes par un culte à... (le réseau d'infinité avait tressailli)."
- "Le Dameur a beaucoup damé." l'hologramme pardonna-t-il cette réminiscence abjecte, dont il avait déjà délié le fil.
- "Ce fut en effet notre rencontre. Il a puni cet homme et banni ce qui l'avait remplacé. Ce fut... effroyable. Nos lois ne tolèrent pas... que l'on voit cela. Pourtant il m'a épargnée, protégée, recommandée à des maîtres. Il m'a choisie. Un jour, j'eus l'occasion de revenir sur Avnore III, mon monde, je voulais retrouver ma mère, appliquer au cardinal... Il me fut facile de m'infiltrer, de redevenir une nocte. Mais ce que j'ai fait, en retrouvant l'armure, la viduité corrosive de mon... enfance, le Dameur me l'avait appris dès notre rencontre. J'ai trouvé refuge dans le clocher qui dressait la loi du Beau-Cardinal à tout le continent. Tout le reste de son foutu palais et de ses gens brûlait, sans exception.
Le réseau d'infinité compatit d'une caresse psychique : Crois-nous, nul ne peut échapper à son destin, même s'il est de souffrir à jamais.
- "Alors, dans ce cas, Kraken ne lie rien !" avait-elle tonné.
Sophia regrettait maintenant cette sentence à l'encontre des morts qui manoeuvraient le Shadow. Les risques qu'ils prenaient maintenant pour éclairer la défense orbitale étaient surdimensionnés pour le gain qu'ils pouvaient espérer de Carillon.
Témoignant de l'ancienneté et de l'expérience du contrôleur de vol en ce finistère de l'Astronomican, la xénophilie relative de l'avertissement s'était muée en une activation désordonnée des protocoles de défense du vaisseau-forge, égaillant désormais la floppée de cargos (au moins trois n'apparaissaient guère d'origine humaine) attendant au mouillage leur ordre de chargement des précieux minerais extraits de la lune d'Eb. Peut-être pour avoir trahi l'antique loi d'exclusion commerciale frappant les xénos dans tout l'Imperium, peut-être pour avoir étendu ses patrouilles d'escorteurs trop loin de son navire ou trop profondément dans la lune, ou peut-être enfin parce que l'assaut massif attendu continuait de se solder par ce seul esquif bondissant derrière ses leurres holographiques, le commandant drillait son contrôle de tir, sans souci des pertes colatérales parmi les marchands ou de l'inaccompagnement maintenant déclaré des silos terre-orbite.
- "Ce que nous avons devrait suffire à la demande qui a été faite, Belle-Cloche."
- "Oui, rejoignez le point de rentrée dans l'espace du Comrade", remercia-t-elle d'un "je vous prie."


Aller plus loin avec le post :
> h-t-e : ce minuscule sigle gothique, gravé dans le joint de céramite du backpack d'armure de Sophia Carillon, signifie Hominen te esse, "toi-aussi, tu es mortel".
Souvent confondu avec les rituels de succession des gouverneurs planétaires, équipement héréditaire ou cérémonies de victoire de seigneur commandeur stellaire, dans lesquels la phrase est utilisée (le sigle pouvant être gravé à l'adolescence dans l'os du front des héritiers de certaines familles spyriennes), il fut donc ignoré lors de ses rares constatations (la mort cérébrale, au combat, de l'inquisiteur Pader Bailly, qui obligea l'Orbe Bronze à anéantir les technaugures suspicieux qui analysèrent son armure et toute la filière inquisitoriale et administrative par laquelle leur rapport avait transité, est le seul exemple connu des deux derniers millénaires).
Dans l'organisation et la hiérarchie très cloisonnées de l'Orbe Bronze, selon le niveau d'initiation du porteur ainsi armuré, le sigle h-t-e alimente la croyance que le suicide d'urgence peut être déclenché à distance (idéalement par l'Empereur, plus prosaïquement par un maître psycher de l'Orbe Bronze) ; d'autres y voient simplement le rappel que l'Empereur-Dieu fut un homme, et le demeure. Cette faillibilité étant naturellement commune à toute l'Humanité, même aux plus redoutables inquisiteurs, le sigle est communément admis comme simple garde-fou contre l'orgueil, et la corruption chaotique.
Plus récemment, l'enquête inquisitoriale contre la chanoinesse Ludmilla de la Dévote-Elévation (qui s'est traduite par un non-lieu) a en effet versé au dossier archivé par l'Adeptus Terra la nature émettrice du sigle (sans en découvrir la fonction réceptrice, Ludmilla ayant d'abord été reconnue non-psycher par le collège d'assermentés appuyant l'investigation) ; chaque lettre gravée émet en continue à destination de l'inconscient du porteur, via la pellicule ambrée qui en tapisse l'empreinte ; même si le rayon de l'émission a pu être mesuré dans un périmètre de 50 cm entourant l'armure.
Dans un mémoire adressé fin M41 à la plus haute instance de Titan, cette surémission fondit la thèse du "baiser de reconnaissance", identifiant entre eux de possibles "illuminati". La dépouille de la chanoinesse Ludmilla n'ayant pu être exhumée (monde tombé aux mains des orks vers 898M41, déclaré perdita après un exterminatus tuant dans l'oeuf le rebond de la Waaagh [i]Dethfoot|/i]), sans d'ailleurs confirmation qu'elle fut ensevelie avec son armure (bien que décédée d'une mort naturelle plus de 80 ans avant l'invasion ork, la waaagh réduisit les archives du couvent aux copies bien plus succintes adressées au monde-cardinal de tutelle), cette thèse est aujourd'hui rarement exprimée et toujours controversée. L'auteur de ce mémoire se nomme Lore Blackburn.
KDJE
=][=

15. Une mine n'est qu'un vagin conduisant à l'utérus de la roche.
Qu'importe également la semence, seul ce qui en naît fera la fortune ou la ruine.
(proverbe squat)


Même s'il connait l'importance de ce métal pour l'industrie de guerre de l'Imperium, Meanus ne peut s'empêcher de transmettre du regard à Frère Spa toute la folie que lui inspire ce lieu.
Son équipe réduite de moitié, chaque grain du sablier rendant le Frère-Capitaine Meanus un peu plus complice de la gabegie, il compte toutefois s'en tenir à sa décision.
Autant que ce type et moi nous partagions la facture que l'Ordo Xenos ne manquera pas d'émettre.
- "Où est le magos commandant cette exploitation, prêtre, où est sa frégate dont nous devions contrer le siège ?"
De la main, le technoprêtre pointe la barre de sûreté vissée sous la lucarne.
- "Les teleports ont pu tomber, ils seront repris, simples contretemps. Cette veine est l'une des plus riches. Comme je vous l'ai dit, le magos y a consacré les réserves de contre, ce qui a permis aux xenos de couper la faille d'irrigation lunaire mais autour de la frégate d'en dégager l'ennemi. Les pertes furent lourdes mais il y a survécu."
- "Bientôt il va nous dire que c'était fait exprès." lance un marine à l'épaulière guillimane.
Même s'il le partage, Meanus condamne d'un geste ce commentaire qui pollue l'intercom.
- "Comme je vous l'ai dit moi-aussi, Prêtre, vous ne tiendrez pas ainsi, sans renforts, éternellement la lune d'Eb. Même anarchique, la pression conjuguée des xénos est trop forte, les tyranides durent, donc meurent moins vite que les orks, et vos forces sont désormais de nouveau insuffisantes. Les téléporteurs, ça se détourne. Même détruits, ça donne des idées. J'ai vu des orks faire cela, rien qu'en capturant des balises. Vous l'avez déjà subi ici. Nous devons vous replier plus haut, vous fortifier. Sans cela, c'est vous tous qui seraient dégagés d'ici, jusqu'en orbite !"
Toujours courbé sur la console, depuis que le débranchement de la mécadendrite "a réveillé mon ulcère de piété", le technoprêtre dénie de la tête.
- "Il y a une autre faille au-dessus de la fracture où nous sommes, noyée dans l'adamantium. Sitôt libéré par la technogarde, le magos est venu lui-même y préparer le pré-minage. Ce ne fut pas gaspiller nos forces, Capitaine. Nous partirons plus vite, comprenez-vous, s'il parvient à adapter ici les forets téléporteurs de Woence, la qualité de la veine en contrebalancera les déperditions translatoires..."
Meanus secoue à nouveau le casque, dans l'espoir de balayer ce charabia abscon.
-"...Vous perdez votre temps, je le répète." n'en démord pas le technoprêtre.
- "C'est bien vous qui avez lancé et scellé l'appel, Prêtre Quebjatio ! C'est bien vous qui avez cru votre si précieux supérieur perdu sans l'appui des anges de l'Empereur ?! Je veux voir ce magos avant de vous accuser de complot de relégation hiérarchique !"
- "C'était avant, Capitaine, avant. Ce n'est pas moi qu'il faut convaincre, Capitaine. Je sers le Dieu-Machine et ne doute pas de lui."
- "Il n'est pas là, le Dieu-Machine, mais nous, si." repollua l'autre Ultramarine.
Une tape du frère-capitaine Spa, obligeant le chasseur de tyranide à retrouver équilibre, rassure le technoprêtre sur la prise en compte diplomatique du blasphème.
- "Frère Specz, puisque tu sembles vouloir commenter la visite..." renchérit Meanus. "Stagiaire, derrière lui ; Spa, tu les couvres."
Echaudé par l'Ultramarine, qui y a plié une tuyère, Amarandus l'Imperial Fist puis Spa le Scythe s'envolent du jarret à travers le trou du plafond, à peine assez large pour une armure de space marine. L'Iron Hands se poste dessous, plasma levé.
- "Espacement !" Meanus écoute-t-il Spa ordonner sur la fréquence d'escouade.
Discipline de l'Astartes. Discipline universelle qui lie tous les anges de l'Imperium depuis que toi, Père, l'a sauvé Meanus aime la Deathwatch. L'oeuvre y est vivace, la chandelle inéteignable.
- "Frère-Capitaine..." lance Specz dans les communicateurs "...visiblement, le magos est bien ici."
Comme l'hôte qui va clore l'entrée au bal, le capitaine de la Deathwatch se décale sur le fond de fosse pour que le technoprêtre s'y réceptionne, suive l'Iron Hands vers cette conclusion de mission inutile, qui aura mobilisé deux équipes et une réquisition de cargo pour rien. se navre Meanus, déjà prêt à saler son rapport si la seconde équipe vient en confirmer l'inutile précipitation. A quoi sert notre présence si elle ne tue rien ?
Le facies cybernétisé du technoprêtre n'exprime évidemment aucune honte, tandis qu'il le rejoint dans une glissade contrôlée, à peine ses mains ont le tremblement nerveux de celui peu habitué à dégoupiller une...
- "Bénis soient les coprolythes de l'Empereur !" rugit brutalement Meanus en enfermant Quebjatio dans ses bras et le plaquant par terre.
Dans un gong amplifié par la cavité, la grenade antichar soulève l'armure du capitaine de près d'un mètre au-dessus de la roche. Eparpillement ralenti de lambeaux de robe rouge, d'un liquide vermillon et d'une brume poussiéreuse. D'un coup d'oeil, l'Iron Hands contrôle l'officier space marine -qui vient d'épargner sa vie- retomber face contre sol, transpercé en maints endroits par quelques éclats de prothèses métalliques, mais l'ombre de Spa est déjà dans l'embrasure de la lucarne. D'une portée trop courte, l'aire d'effet du jet de plasma ne déborde pas la cuisse du Scythe, qui foudroie mécaniquement cette erreur par une rafale de bolts en plein casque, vengeresse, instinctive, trop courte elle-aussi pour son auteur qui la suit de près et en ressent les schrapnels brûlants informer ses pieds. Préparant son bond vers le téléporteur, inconscient d'autre chose, Spa achève de disloquer le crâne de l'Iron Hands d'un coup enragé de talon.
Fuir ! Fuir les couches moléculaires pelées de Frère Specz. Fuir l'armure coupée au ventre du stagiaire, la chute de son buste fissible plus rapide que celle de ses jambes. Fuir !
Fuir les files de serviteurs et d'orks descendant, nuques baissées, la rampe plongeant sous la pyramide noire.
Fuir la centaine de guerriers mécaniques dispersés parmi les roches retournées de cette plaine caverneuse, guet contre les terriers muraux que les tyranides éclairent de leur propre irruption, aussitôt stoppée.
Fuir cet enfer dont la pente et le plafond bas renforcent à l'évidence l'incompressibilité du temple, enfichée par les pointes dans l'adamantium inviolable qui lui sert d'écrin naturel.
Fuir !
Fuir le dément en robe rouge, qui de son promontoire a gestuellement ordonné au sphinx métallique de canonner Amarantus.
Et surtout,
fuir ce silence,
qui vient de balayer tout le sens de la vie de Spa.
KDJE
=][=

16. Les brasiers de l'Aube


Avant de sortir du fortin souterrain, le kan-earl apothicaire a conseillé le casque. Spa en a apprécié les parements neufs, frais, sur son visage qu'il sait meurtri. Profitant de la marche, il domestique sa nouvelle armure. Elle réagit sans peine. Elle l'a acceptée. Spa remercie l'Empereur, Thorcyra, le techmarine. Il se dit que pour les mêmes raisons, le même respect dont l'artificier a entouré l'oeuvre, favorisé son animation par l'âme qui maintenant la pilote, le Dieu-Machine pardonne à Mélanion. Le réconfort que cette conclusion lui apporte s'enchaîne d'un sourire (douloureux) qu'il savoure quand même. Il l'augmente même, car si l'armure lui a tant manqué, maintenant qu'il la porte il se sent nu sans un saint bolter.
Oui, Spa s'en apaise, tout se remet en place, tout reprend sa place. Même cette moquerie à l'encontre de lui-même : comme si un bolter pouvait maintenant lui être remis !
C'est... comique. Qu'il est bon de se moquer à nouveau de soi.
Même si les Scythes ont eu fort peu de relation avec elle, et lui, Spa, encore moins Le cachet concluant les ordres de l'Ordo Xenos, parfois un briefing "Aah !" Il faut que je cesse de rire., tout ce qu'on dit sur l'Inquisition est donc vrai.
Et c'est un bienfait, Scythes, mes frères.
L'inquisitrice a lu en lui comme sur une ration de combat. Spa connait ses limites. S'il peut penser vers d'autres, en remplacer la parole, c'est comme un bébé qui babille, prononce ses premiers mots, construit ses premières phrases. Il sait juste s'en empêcher, ne pas rayonner de pensées. Frère-Archiviste, tu as eu si peu de temps pour me former. Elle, Carillon, elle est bien plus forte. Il ne la sent même pas fureter. Qu'a-t-elle visité ? C'est si simple à déduire. Les émotions les plus tenaces, les plus voraces. Elle l'a vu tuer l'Iron Hands. Elle sait que Spa a failli, qu'il s'est livré à sa panique, n'a même pas tenté d'infirmer la mort de Meanus, qu'il a fui, submergé, parce qu'il ne peut plus contenir la peur qui mine tout son être, qui dans cette cavité rocheuse l'a enfin vaincu. Depuis Sy'L'Kell, j'ai tenu. La pire des peurs. Celle qui rappelle chaque seconde : Je ne peux plus avoir confiance en moi ! Celle qui fait de soi un étranger, un danger pour ses frères, moisit le pilier du devoir et de la foi.
Oui, j'en suis maintenant la preuve. aimerait-il partager dans la chapelle-monastère des Scythes, comme dans toutes les chapelles-monastères de l'Astartes. L'Inquisition respecte les anges de l'Empereur, bien plus qu'ils ne se l'avouent dans la défiance hautaine que trop souvent, entre eux, ils lui vouent ! Pour Spa, Carillon incarne cette véritable Inquisition, la limpidité de sa révélation ; de sa charité, si souvent cachée derrière les oripeaux répressifs, le principe de précaution, cachée pour qu'elle demeure sensible. Cette charité fait l'invincibilité de l'Imperium, son indubitable victoire, le terrible poids pesant sur ses guides. Que Carillon soit si belle est un signe de plus de ce profond respect pour l'humain dont Spa sait maintenant qu'il va bénéficier.
Je suis pardonné. Ils m'ont épargné le retour parmi ceux que j'ai floué, ils m'ont isolé ici, soigné, juste condamné à ma douleur, mes retrouvailles. Ils m'ont remis l'armure, préservé la seule faux et le crâne de l'Homme, pour que je m'élève comme j'ai chuté. En mon armure d'élection, je monte maintenant au bûcher.
Dans le coude de l'escalier taillé mais poli par les pas, Carillon se retourne pour attendre la montée encore sifflante de Spa. Dans la lumière éblouissante d'une ouverture proche, la silhouette de l'inquisitrice semble surgir d'une aura divine. Sa vue améliorée capable de corriger l'éblouissement, le marine lève résolument son regard, pense vers les deux émeraudes de son juste bourreau.
Ce bûcher, moi le souhaite !
Carillon lui prend la main, dans ses yeux la satisfaction d'une démarche comprise, entendue.
Symboliquement, elle l'aide ainsi à gravir les dernières marches qui poursuivent vers plus haut l'ascenseur à blindés, passer les vantaux d'adamantium qu'ont marqué des siècles de soumission au Couloir des Tempêtes.
Plus que la silice qu'égrène le vent, la chaleur cuisante du plateau où Spa émerge lui font rapidement visser son casque.
Fitz-Osbern, qu'ils rejoignent au centre d'une petite place encadrée de tentes et de masures à l'allure misérable, vient d'allumer une pipe au bec courbe. A l'ombre des toiles horizontales, quelques humains s'activent paisiblement, se déplacent dans le périmètre qu'entoure un muret d'à peine un mètre de haut, construit de pierres sèches simplement empilées et largement envahi par le sable. Tirant machinalement une bouffée, l'apothicaire observe là-bas, dans l'entrée perçant ce coupe-vent dunaire, les orks poussiéreux et leurs truks-citernes semblablement malmenés par les sables. Discutant avec deux humains en treillis camouflé, les orks font de grands gestes et frappent le sol de la crosse de leurs fling' grossiers. A peine Spa remarque-t-il à sa droite un char Predator, et l'apparent scout qui sommeille sur l'écoutille inclinée de sa tourelle.
Spa contemple l'horizon immense qu'octroie la situation du plateau. Un désert sans fin, de dunes et de rocailles, s'étend sous le camp, le village. Plusieurs pistes y débouchent, se perdent très vite dès que le regard veut descendre pour les suivre. Le kan-earl croit utile de partager l'amusement que lui procure le spectacle.
- "C'est toujours la même chose : une fois sur deux, rien ne les intéresse sauf les dents. On a beau leur expliquer..."
A l'entrée du village, l'un des deux humains en treillis affiche son embarras, préserve sa réflexion en se détournant des orks, aperçoit alors le kan-earl. Geste de patience destiné à temporiser la contradiction des peaux-vertes. L'humain accoure vers Fitz-Osbern.
- "Mes respects, Kan-Earl !"
- "Je les accepte, Caporal Dimio. Problème avec le troc ?"
Le sandguard soupire.
- "Je crois qu'il va encore falloir organiser une course de truks."
Le marine apothicaire lache un souffle amusé.
- "Comme d'habitude. Et bien préviens les diggas de la Gerb-Dune, mais pas plus de deux machoires, cette fois."
- "Oui, Kan, merci, Kan !" repart le caporal, visiblement soulagé.
- "De bons pourvoyeurs d'eau, de bons marchands même, mais ils n'ont aucune notion de gestion des ressources klaniques." conclut Fitz-Osbern à l'attention de Spa.
Le marine approuve du menton. Sans comprendre.
Indifférent même.
Car, irradiant du fond de son ventre, une tension impatiente annule la préparation du Scythe.
Par les orifices suintants de l'Empereur, où est mon bûcher !? baisse-t-il le casque vers sa voisine.
- "Mais, par Nocte et Tenebrae, il est derrière toi !" désigne-t-elle d'un pouce par-dessus l'épaule.
Le juron amusé, si familier de Carillon qu'il suffit souvent à l'identifier, rattire le kan-earl vers le but de leur montée en surface.
En son frère marine, la tension se recompose, reflue, dénoue subitement ce q...
Spa s'est tourné.
Ce qu'il découvre abîme son équilibre.
KDJE
=][=

17. Valeureux soient les corsaires de la foi


Lorsque Frère Spa maudit la lenteur de la rematérialisation, il a encore dans les yeux ceux des technogardes qui se sont empressés à sa suite, ont chassé à coups de laser et de grenades quadrillées le départ de ses atomes. La balise passe enfin au vert. Son bras a souffert de ces passagers clandestins, dont le téléporteur a improprement reconstitué les fragments hors et en son avant-bras. Dans son gantelet, le lance-bolt en a éclaté. Se gardant (il s'en insulte aussitôt) de réfléchir aux conséquences, Spa active le jaillissement et l'alimentation des courtes griffes-éclair. L'une d'elle casse dans son rail tordu, électrifiant les échardes métalliques qui lie maintenant la chair au gant.
L'organisme modifié du marine réduit cette perte de préhension à une simple information. Prévention inutile.
S'il n'a eu qu'à abaisser le levier, vingt-cinq kilomètres plus bas, Spa s'attendait à un autre accueil arrivé à la destination pré-paramétrée par Quebjatio. Le faisant passer d'une main à l'autre, il abaisse l'angle de tir de son bolter.
Deep-port 13 lit-il, peint au pochoir, sur la paroi.
Dans un silence minéral, seulement soutenu par le ronronnement lointain de pompes hydrauliques, l'immense nacelle d'amarrage s'étend devant lui, barrée d'une première frégate de classe Sword, incendiée et visiblement en cours de désarmement, puis d'une autre. Spa semble être la seule âme du lieu. Sa vision améliorée le constate, les quelques défenses qui, loin au-dessus du radoub, percent aléatoirement la paroi en surplomb sont abandonnées. Des équipes du quai devenu chantier naval de fortune, il n'y a trace vivante. Les cadavres nombreux, orks, tyranides, sont également là depuis longtemps.
Piéger le téléporteur, puisqu'il ne saurait le reprogrammer sans craindre que l'éventuel contrôle central n'en fasse un pulvérisateur atomique de sa vie. Bolter sous l'aisselle et de sa main valide, Spa y emploie ses trois grenades.
Maudit soit ce qui corrompt les guerriers. s'autorise enfin Spa contre lui-même. Survivant parmi les Scythes, il est aussi un érudit, un pictologue. Cela renforce sa quête d'un moyen de fuir, de rapporter, car, plus que l'évidente trahison de l'Adeptus Mechanicus, qui cache ici les technologies interdites de l'antique Legio Cybernetica !, il est aussi un meurtrier. Et cela seul importe. Et le pardon du chapelain devient un manque. Quel était même le nom du frère Iron Hands, que j'ai abattu sans le vouloir parce qu'il barrait l'issue de mon sauvetage ? Savait-il le mien, lui qui eut la même... peur sans avoir vécu Sy'L'Kell, et... ? Le casque du chapelain cruellement mordu dans la gueule du genestealer s'impose à Spa, simple souvenir, imprécis, fugace, sans plus aucune émotion liée. Même l'explosion simultanée de leurs masses cervicales brutalement calcinées n'engendre plus la fureur dont il a, depuis toujours, masqué la faille qui mine sa confiance en lui.
Spa a compris, depuis longtemps, que son potentiel psychique contrarie les leurres mnémoniques des précieux lavages de cerveau ordonnés par la chapelle du chapître. Chaque mission, depuis, est une rape aléatoire sur le sanctuaire que le chapelain lui a interdit.
Achevant le contrôle de la bande de munition en gourmette, Spa n'arrive à éjecter le premer bolt dont l'enveloppe abimée ne l'inspire guère, un autre est encore dans le canon. Il fixe le clignotement paisible des feux de position de la seconde frégate, gigantesque forteresse posée sur cette marche intralunaire construite par les adeptes du Dieu-Machine.
Je ferais mien ce vaisseau. impose-t-il sa folle ambition.

Mokhc a retrouvé l'inquisitrice et cela augmente son excitation. Sophia s'est toujours appuyée sur la témérité du "pacha" du Comrade dès qu'elle comprit que ce goût du risque l'influençait plus que le mercantilisme besogneux dont Mokhc se drape, c'est sa normalité, jusqu'au dégoût des autorités suzeraines. Dans l'Orient, bien plus qu'ailleurs, un libre-capitaine aime être maître de sa vie. Les risques plus grands car les humains moins nombreux, là demeure pour tous ces corsaires impériaux la saveur de l'Est galactique, fait de leur réputation la chaîne qui les maintient liés à Kar Duniash ou Talasa Prime.
Et renommé, Mokhc l'est souvent, par le Comrade, la rareté de ses tubes de proue dont peu de libres-capitaines peuvent se vanter de posséder, encore moins d'utiliser.
Le Pacha a troqué son pull de grosse laine pour les boutons dorés d'une jacquette bleue quasi-militaire. Il a noué ses cheveux, apprêté sa revanche sur les fonctionnaires tatillons et potdevinables de la lune d'Eb. Bien qu'ancien croiseur, le vaisseau-forge a trop abandonné aux quais et temples de raffinage. Il réagit mal à l'irruption du Comrade dans un des angles morts repérés il y a peu par le sloop exodite.
Z'êtes baisés, sales rouges ! se débarasse enfin Mokhc de son appréhension.
Plus que la chaloupe, qui traverse maintenant sans risque les lignes de tir du vaisseau-forge, plus que la passagère de la chaloupe, la menace d'être ainsi torpillé sans représailles possibles a donné poids au retour du mandaté par l'Inquisition, interdit d'approche comme d'orbite il y a encore quelques heures.
- "On reste en poussée lente. Que l'équipage se prépare à contrer un abordage !" verrouille le libre-capitaine en déguisant sa quiétude.
KDJE
=][=

18. Celles qui parlent chiffon


Dans le modeste bunker de quarantaine de Deep-Port 1 gronde le tollé des seconds, marchands et officiers de fret qui attendent, parfois depuis plusieurs jours, que leurs cargos à quai ou en orbite soient enfin chargés. Au feint respect pour le fournisseur, déjà fissuré par les récentes contre-performances militaires de la technogarde, ces émissaires détachés comme intermédiaires par leurs capitaines (à qui on ne l'a fait plus), éructent maintenant la peur masquée de colère. Cris et insultes volent en continu à l'encontre des quelques coreligionnaires du vaisseau-forge qui a, le grand tableau au-dessus de la balustrade du contrôle de vol l'affiche encore, brisé le sage escalier orbital des cargos en attente.
Haut est le faîtage du bunker, car bas est "l'enclos" dont les libres-équipages surnomment la "corbeille" autour de laquelle se fixent les prix de chaque tonne extraite ou raffinée. Dans ce cloître que surplombe une balconnade continue, peuplée d'opérateurs murés dans une obstinante indifférence, Sophia hume en y entrant l'acre et tenace puanteur du négoce et de l'angoisse confinés loin des salles d'eau. L'inquisitrice a caché son armure sous un ample cache-poussière à capuche, long, terne et craquelé. Le carré est vaste, les arches soutenant les balcons alourdissent ou déguisent d'ombre (les plafonniers y sont blafards ou leurs ampoules brisées) lits de camp et banquettes de bois habillées d'hommes ou de bagages. Au-dessus de la houle des marchands, par les ouvertures de la balustrade, s'écoulent les lueurs colorées de dizaines d'écrans, barrées parfois des pupitreurs. Maintenant proche du cercle des enchères, Carillon cherche d'un regard panoramique le moyen de gagner l'altitude des serfs de la Machine lorsqu'un marin, dans cette foule fendue sans cesse par des grommeleurs exaspérés, se colle près d'elle. C'est une humaine, d'une trentaine d'année ; une cicatrice barre l'arête de son nez. Sophia sent l'objet s'enfoncer dans le tissu autrefois doublé de son manteau. Sous la capuche fourrée de sa parka, l'inconnue ordonne de s'éloigner vers l'une des arches couvrant le déambulatoire. La désarmer et lui casser le bras dans le dos serait si simple. Par un pas assuré, affichant une colère impatiente, Carillon s'excentre du troupeau et de l'ire semblable des marchands.
Parvenues contre la discrétion d'un pilier, les deux femmes s'observent rapidement. Sous la parka : bottes, pantalons et pagne de cuir, chemise de chasseterre. Beauté singulière, dents légèrement écartées. Mais l'inconnue entraîne déjà le regard de Carillon vers l'étage qui leur fait face. Derrière la balustrade métallique, une demi-sphère 3D cubéïforme le sous-secteur spatial. Du manteau de Carillon, l'inconnue ramène un étui de cigare dont elle désigne la carte aux chandelles électroniques et annotés.
- "On les appelle Astres des Vignes : seize naines rouges, collées aux Ptères."
- "Des Ptères ?" comprend Sophia d'un commandement seal-memory, d'un chuchotement égal. "J'en ai beaucoup connu, au Dac'Tyl."
- "Talemp, Missionaria Galaxia."
- "Carillon, Inquisition."
- "Faut connaître la peau de strap," désigne Talemp en tapotant le manteau rèche de Sophia, "ç'a été écorché sur un pisse-dru de l'écran de Bart'He, si je ne me trompe. Vous êtes en avance." salue-t-elle sans attendre de confirmation vestimentaire.
- "Comme ne devait pas l'être celui qui a pondu ces codes de reconnaissance. Vous êtes ici depuis longtemps ?" murmure Sophia, qui reconnaît en Talemp la sous-traitance et la pratique cellulaire de l'Inquisition.
Qu'importe pour qui elle travaille, elle travaille pour quelqu'un !
L'agent dévisse le bouchon de l'étui à cigare, en fait glisser un batonnet de rouge à lèvre.
- "Trop longtemps : mon taxi, les combats d'en bas l'ont transformé en puzzle, et pas un de ces couards ne me prendra à son bord." indique-t-elle d'un lever de cils complémentaire le groupe d'eldars isolé, aux visages indistincts mais suffisamment marqués de lèvres fendues, d'arcades saignantes et d'une prudente mise à l'écart. "Il y a eu plusieurs vagues de panique depuis quinze jours, mais le Shadow qui a récemment libéré de l'urine sur le bas des toges des patrons locaux a permis à l'Enclos de trouver un bouc-émissaire."
Des doigts froids de ses gants d'armure, Sophia soulève la capuche, découvre les oreilles, la cicatrice de chirurgie esthétique presque invisible à leur sommet.
"Métis." précise Talemp. "Mais ce n'est pas pour ça. On m'a volé la licence qui me servait de couverture, et ceux-là..." (mépris des sourcils vers la foule râleuse) "...demandent d'abord de remplir les cales avant d'offrir une sous-pente d'escalier dans une coursive chauffée."
Sophia assimile la perte imminente de la mine impériale d'Eb.
"D'habitude, je reconnais les vôtres sur l'échelle de coupée, quand le navire se disloque." agrémente Talemp plutôt qu'elle ne plaisante. La semeuse de prophéties rapplique la graisse rouge sur ses lèvres. "Je réclame le droit de croisée, Inquisitrice."
Sophia la recapuche d'un geste sec.
- "Pas le temps. Pas le droit. Je suis venu chercher mes anges, je ne suis pas venu pour vous, désolé."
L'ombre qui voile le regard de Talemp ne doit rien aux plafonniers usés.
- "Woh. Eux. Oui, la rumeur a tourné. Pour eux, oui, normal. Je vais mourir, dans ce cas."
Tout le monde meurt, petite.
"Alors sachez que ce qu'il y a au fond de cette mine n'a rien d'un mythe, ni d'une prophétie, et j'm'y connais. Dîtes leur. Dîtes leur que ça vient de Talemp ; ça suffira." se détourne-t-elle déjà.
- "T