CITATION(Xavier @ samedi 29 décembre 2007 à 12:05)

les deux milieux n'auront alors plus rien en commun.
Xav', pour que l'Age d'Or s'essouffle ainsi, il faudrait que GW se mette au prépeint, qu'on ait une inversion quantitative du marché.
Si GW ne tourne pas sa veste à la Rackham, l'Age d'Or va se poursuivre, entraîné par une locomotive un peu plus grosse chaque année et une flopée d'artisans microscopiques qui continueront de caser leurs différences tant que faire se peut.
R' s'est rendu microscopique sur le marché du Hobby.
Je suis à ce titre dans la ligne du Pat : si le prépeint à la R' répondait au marché, le marché aurait massivement répondu présent, j'aurais répondu présent comme tous les acteurs lambda dudit marché.
Le discours de lancement de R' était sans ambiguité : les clients vont se précipiter ou y viendront forcément plus tard. Et j'ai repris des moules deux fois.
Dans ce cas du prépeint à la R', je continue de penser que ce ne sera ni l'un ni l'autre car l'erreur, la tentation omniprésente (chez tous les éditeurs de figs, c'est la distance qui veut ça), est de considérer le client comme le veau (et pas comme la blanquette, Azaketh). Le veau hors contexte gaullien, le veau juste comme le fils de la vache à lait, le gamin.
Le problème est dans le vice du client, qui laisse souvent à penser que, et dans l'offre, qui jusqu'à présent était sensiblement la même : des figs à peindre, juste avec ou sans background.
Quand R' s'est mis à la fig prépeinte, on a tous pensé : z'ont réussi à devancer GW, qui est plus gros, plus lourd, mais qui va forcément s'y mettre aussi. Mais ce qui faisait vraiment peur, c'est de se sentir déjà en manque.
C'est là qu'intervient la définition du Hobby, celle de Sandra Garrity, celle de Dogboy, de Jervis Johnson, celle qu'on a chacun et qui fait vrombir ce débat car elles sont toutes différentes.
Celle de Dogboy m'a particulièrement choqué par son côté mécaniste, comme de prendre les Echecs en référence : aucune référence au background. Or, amha, le Hobby démarre avec le fluff. Sans support fluffique, narratif, visuel, pas de Hobby.
C'est le fluff, amha, qui fait qu'on monte, qu'on peint, qu'on joue. Le fluff (ou bla-bla de pré-incarnation, sous forme d'images, de photos et de textes) fait le hobbyiste, l'emploi le plus intelligent possible du temps à perdre, justement parce qu'il fait appel à l'imagination et pas simplement à la combo mathématique.
Comparer At-43 avec les Playmobils est, à ce titre, fort désobligeant pour les Playmobils.
Quand Perno contredit la vision 'jeu pur sans préparation', c'est amha pour le background. La moindre retouche sur une fig prépeinte est une réappropriation, et donc une réinterprétation du background, la poussière sur les bottes, le sens du vent, l'histoire de chaque fig.
Si le background est un gloubiboulga, son éditeur est l'apôtre du Hobby. Si celui-ci est cadré (Star Wars, Marvel...), ou baclé, ou simplement considéré comme package marketing minimum (la Tour est crénelée, le roi catholique, le canasson a des trajectoires de vache folle...), son éditeur tend vers le jeu de plateau.
Bref, il y a une interaction entre background et conception de figs. Un bg bordélique tend à des figs modulables et du proxy tandis qu'un bg marbré tend à de la fig monobloc et typée.
Oui, je sais, c'est navrant.
AT-43 a bien tenté de récupérer un proxy Garde Impériale mais son fluff a fait défaut : pas assez bien traduit par ses figs, je suppose.
Puisqu'on en est aux reprécisions, la différence entre hobby et pas hobby, pour moi elle est là : dans la place réservée à l'imaginaire de l'acheteur. On peut décrier le Rackham d'avant, mais la milice de Cadwallon n'a pas besoin de Cadwallon : elle raconte assez pour que la peinture en permette une appropriation immédiate, inconsciente. Mais parce que la milice de Cadwallon est d'abord une référence historique (le cochon est terrien), un proxy.
La milice de Cadwallon aurait gagné de la modularité, pourtant fort relative, de la piétaille bretonnienne, autre proxy, un cran en-dessous côté récit mais nettement plus élaborée côté réinjection de ce qu'on y cherche.
Ce que je cherche à démontrer est qu'on achète pas une fig pour ce qu'elle est mais pour ce qu'on veut qu'elle soit. On peut vouloir ce que veut l'éditeur (des stormtroopers blancs pour attaquer les rebelles sur Hoth, qui les peindrait en bleu ?) comme vouloir des trucs qui n'ont jamais été pensés par l'éditeur (des clones troopers en camouflage rose pour attaquer Trifouilly IV).
Deux approches :: l'un est jeu, l'autre Hobby.
La voie choisie du prépeint à la R' est à l'opposé de l'approche Hobby, car vise l'appauvrissement de la place réservée à l'imaginaire de l'acheteur. Ava n'est pas Hoth.
Quel que soit les progrès de moulage et de matériau, ce fut toujours la limitation volontaire des figurines monoblocs, la définition du hobby selon mamie Garrity : la transmission. A prendre ou à laisser.
Le prépeint est juste une limitation supplémentaire, qu'il est donc plus difficile de légitimer dès lors qu'on se place dans la définition Hobby = concrétisation de son propre imaginaire. Le prépeint n'est plus alors un avantage, un gain, mais une perte.
La scénette de train électrique, qui existe à peindre et pré-peinte, Dogboy, est une composante du Hobby mais ne l'atteint que lorsque le train renferme un virus bactériologique mortel et qu'on utilise des règles de simulation pour qu'une armée de figurines puisse visser des plaques sur les fenêtres tandis que les passagers essaient de s'enfuir (c'était quoi ce navet, d'ailleurs ?).
Autre exemple : dans Conf', Mira n'est rien de plus qu'un pion, avec sa carte forcément comme si, à peindre forcément comme ça, la Tour du jeu d'échecs en somme. On est dans un jeu.
Dans 40k, on a aussi ce relent d'attrape-jeunes, mais on a aussi et surtout la transmission industrialisée : tu ne peux quasiment plus acheter qu'une "boite d'officier" en guise d'équivalent Mira désormais. Il peut être monté sur un nénuphar des sables, avoir la bouche remplie de chamallows et un bermuda bleu pâle. A partir du moment ou tu décrètes que c'est lui l'officier, il prend son profil et basta. En clair tu te démmerdes, t'es grand maintenant. On est dans le Hobby.
C'est vrai que ce n'est pas une question de progrès. Le progrès n'est pas un sens historique mais une nouvelle répartition temporaire du cash-flow. Pendant que R' fait du transit de devises avec la Chine, GW achète des moules qui préservent les trous des canons. *Techniquement* (qui reste le seul qualificatif du progrès), les deux se valent, les deux progressent.
Commercialement, tu peux toujours acheter de l'UNA ou de la GI pour attaquer le train (ie, sans avoir besoin de lire le background de chaque jeu, de t'y lier), on reste dans la figurine fantastique, "propre à incarner ses fantasmes", alpagueuse de rêve (à moins que ce soit ton rêve qui l'alpague, vaste question).
Je grossis le trait, souvent c'est plus subtil, façon pub Canada Dry, mais ce qui identifie le Hobby du jeu, par exemple : les figurines sont signées d'un sculpteur.
Le Hobby, c'est le fantasme réalisé en miniatures, mais avec un peu d'huile de coude, sinon ça se voit qu'on se glisse juste dans le fantasme d'un autre (ce qui n'est pas honteux non plus, sinon on n'irait plus au cinéma et on laverait tous notre linge à la main, à notre manière).
Mais c'est souvent de ça dont on se défend, comme si un hobbyiste devait forcément mettre un maximum de *son* intelligence (visible) dans son temps à perdre. Marrant, non ?
R' à peindre a fait illusion longtemps, puis les torchons se sont distingués des serviettes comme Sandra l'avait prédit et un nouvel age sombre a enfoncé l'age d'or dans le monopole de la figurine modulable.